Kirikino : Tu conviendras avec moi qu'une idée de création d'entreprise repose sur deux grandes bases : une opportunité commerciale sur un marché sommes toutes, banal, et/ou, une innovation. Tu viens de reconnaître que le marché de l'hydromel était tout sauf banal : ne l'as-tu pas qualifié d'une peau de chagrin !Jean : En effet, j'estime le marché à quelques milliers d'hectolitres, dans le cadre d'une production peu organisée et très atomisée. Rien à voir avec le marché du vin ou encore celui de la bière par exemple.
Kirikino : C'est bien ce que j'avais compris : nous sommes loin d'un marché de grande consommation, n'est-ce pas ?
Jean : Exact.
Kirikino : Auquel cas, il nous reste la seconde éventualité : l'innovation.
Jean : Oui, mais n'oublions pas que la combinaison des deux demeure possible.
Kirikino : Je partage cet avis, mais restons logiques : il y a peu de temps, tu présentais l'hydromel comme « la première boisson fermentée de l'humanité », et aujourd'hui si je te suis bien, tu sous-entendrais que cette boisson constitue une innovation.
Jean : Tu considéreras sans doute que je biaise, mais je pense que l'exemple suivant peut-être significatif.
Je viens d'évoquer le cas de la bière. S'il est une boisson qui remonte également à la nuit des temps, c'est bien la bière. Depuis son invention, jusqu'à la fin du XIX° siècle, la production de bière s'effectue par voie de fermentation haute. Disons pour faire simple, une fermentation à température ambiante. En 1842, en bohême, un brasseur innove : il envisage la production de bière par voie de fermentation basse. Pourquoi basse ? Car contrairement aux précédentes, les levures en cours de fermentation migrent vers le bas.
La première Pils vient de naître. Cette bière blonde, légère, que l'on consomme fraîche va à l'encontre du modèle économique de l'époque. Il faut davantage d'équipements pour la produire (notamment la maîtrise du froid), la fermentation en raison des températures basses est plus longue (donc des immobilisations supplémentaires, une augmentation de besoin en fonds de roulement…) et de plus, les levures ainsi conduites produisent moins d'alcool. Et pourtant, cette bière rencontre un succès considérable, l'équivalent de 90% de la production mondiale aujourd'hui.
Kirikino : Je te vois venir avec tes gros sabots. Ne me dis pas que la brasserie Pilsner Urquell a eu recours à la méthode du « concassage » que tu nous as présenté lors du précédent billet.
Jean : Je n'en pas la moindre idée. Mais dans les faits cela y ressemble. Les bières de fermentation haute ou spontanée de l'époque sont des bières brunes ou troubles, alcoolisées, et on les boit presque à température ambiante (entre 8 et 12°). La Pils engendre la famille des lagers : ces bières blondes, limpides et claires, filtrées donc sans dépôt, et peu alcoolisées. De plus leur durée de conservation est plus longue, et le développement de leur consommation s'appuie sur une autre innovation technique : le réfrigérateur.
Tu conviendras avec moi que la bière Pils dans ce contexte constitue bel et bien un produit novateur.
Kirikino : En effet, belle démonstration. Tu serais donc avec ton projet d'hydromel, ce que la Pils est à la bière.
Jean : Si cela pouvait. Non je n'ai pas cette prétention, mais j'y travaille à mon niveau, modestement…
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander

Derniers Commentaire