Vendredi 7 décembre 2007

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 De retour dans la forêt épaisse, il ne dérogea point à ses habitudes :il se mit en quête d’un nouveau campement, qu’il occuperait jusqu’au prochain solstice.
Unai finit par trouver un lieu où les ressources forestières abondaient, ce qui assurait son fonds de commerce, et, qui offrait également l’avantage d’être situé à une heure de marche seulement du site enchanteur.
Dès lors il partagea ses journées entre l’activité forestière et l’équipement des falaises. Il travaillait avec méthode et précision. Il se sentait détenteur d’une énergie nouvelle. Mais en même temps, il avait l’impression de s’ouvrir au monde ; la nature qui l’entourait constituait un sujet d’émerveillement sans cesse renouvelé.
Tout était prétexte à sourire, à la contemplation… Dans ses yeux dansaient des étincelles de vie…

Il termina ses travaux d’accès à la vasque trois jours avant la pleine lune.
Unai contempla son travail : l’ensemble était discret et efficace. Bientôt la végétation repousserait, et les équipements passeraient alors inaperçus au commun des mortels.

Bien qu’il soit parfaitement au fait du cycle lunaire, il ne put s’empêcher de passer les deux dernières nuits précédents la pleine lune aux environs immédiats de la vasque.

Les oiseaux avaient consommé les dernières baies. Il se contenta de racines de réglisse pour tromper son attente.
Vint enfin la nuit de pleine lune tant attendue. Le ciel était bien dégagé. Unai pouvait distinguer des détails auxquels jusqu’à présent, il n’avait guère prêté attention. Comme l’emplacement de ce bouleau majestueux, dont les racines enjambaient de grosses roches et s’enfonçaient profondément dans la terre.
Une légère somnolence le gagna. Il se réveilla en sursaut, se morigéna : ce n’était vraiment pas le moment de s’endormir.
Les heures s’écoulaient, et rien ne se produisait.
Un doute affreux commença à germer dans son esprit. Après tout, il avait échafaudé cette certitude sur les propos d’un hérisson. Etait-ce bien raisonnable ?

Unai sentait une nervosité malsaine le gagner. Il se concentra sur sa respiration pour essayer de chasser ces pensées parasites, quand des cercles concentriques vinrent rider la surface des eaux turquoises.
Le fabuleux poisson remontait des eaux de la vasque.


   
par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Jeudi 6 décembre 2007

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 Il est notoire que les charbonniers reviennent parmi les hommes pour les solstices…
Le solstice d’été approchait. Unai évalua rapidement tout ce qui lui restait à faire : s’occuper de cette meule en cours qu’il avait passablement délaissé ces jours derniers, étudier un accès à la vasque par les berges du torrent…
Il s’attela consciencieusement à l’ensemble de ces tâches, comme à son habitude. Mais, dorénavant, il ressentait dans l’accomplissement de ses gestes quelque chose de différent, comme une joie indicible. Une joie qui magnifiait le moindre de ses mouvements, une allégresse qui donnait un sens nouveau à ce qu’il accomplissait.

Comme il était d’esprit pratique, il réalisa après quelques jours de reconnaissance que l’accès à la vasque par les berges s’avèrerait bien moins périlleux que la voie qu’il empruntait jusqu’alors. Il lui suffisait d’aménager des lignes de vie aux passages les plus critiques, et d’imaginer un système qui lui permettrait sans prendre trop de risques de descendre par le point le plus bas des falaises basaltiques. Quant à l’ascension au retour, il calcula qu’elle serait possible grâce à un rudimentaire appareillage de cordes et de poulies reliées à un contrepoids.
L’esprit léger il prépara son équipage pour des livraisons de charbon de bois.

Certains dirent, tandis qu’il entrait au village, qu’il chantonnait des mélopées inconnues, que les cloches de ses bêtes de somme rythmaient harmonieusement. Ce qui, convenons-en, pour un homme réputé taciturne, ne manqua pas d’étonner.
Vous savez, les ragots…
Mais ce qui stupéfia la totalité des gens qui le croisèrent ce jour-là, ce fut son regard extatique qui lui conférait une autre stature.
Il fut même des jeunes femmes qui le trouvèrent beau…

Unai flottait sur un petit nuage de félicité. Il ne remarqua rien de tout cela : la façon dont les villageois l’examinaient, les propos qu’ils échangeaient çà et là sur son passage.

Il se dépêcha de conclure ses petites affaires, échangea son charbon contre un équipement dont on ne lui connaissait pas l’usage, et repartit sans plus tarder en direction de la forêt.


  
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Mercredi 5 décembre 2007

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Unaï répéta ce manège plusieurs jours d’affilée.
Il en oubliait presque de manger. Amaigri, efflanqué et fatigué, il aurait fait peine à voir si son regard n’avait exprimé autre chose qu’une profonde quête, quelque chose qui ressemblait au bonheur.

Au septième jour, tandis qu’il surveillait la vasque, il entendit du fond de son fourré de myrtilles un chuchotement dans l’obscurité.
Il tendit l’oreille. À portée de sa main, un hérisson mâchouillait un escargot. On entendait distinctement la coquille se briser entre les dents pointues du petit animal. Unai se concentra à nouveau sur la vasque, quand le chuchotement reprit, plus distinct cette fois, toujours en provenance du hérisson.
La petite voix disait : « N’as-tu point encore compris qu’il te faut attendre la prochaine pleine lune ».
Unai se retourna disposé à en entendre davantage, mais le hérisson poursuivait son errance à la recherche de menus insectes.
« N’as-tu point encore compris qu’il te faut attendre la prochaine lune, la prochaine pleine lune ».
Cela semblait si évident.
Ne dit-on pas qu’il faut toujours écouter les propos du hérisson, qui est la voix de la sagesse…

Lorsque Unai regagna son campement au petit matin, il savait ce qu’il lui restait à entreprendre d’ici la prochaine pleine lune.



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Mardi 4 décembre 2007


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Le courant tumultueux le déposa dans la vasque aux eaux turquoises. Comme la veille, une grande sérénité envahit Unaï.
Il fit le tour de la vasque scrutant les profondeurs, mais rien ne trahissait la présence du merveilleux saumon.
Un banc de vairons nageait tranquillement en zig zag  à une vingtaine de centimètres de la surface. Unai retint sa respiration : voilà qui constituait une proie facile pour l’énorme poisson. Les innocents vairons poursuivaient leur sarabande aquatique. La surface des eaux demeurait calme : Il fallait se rendre à l’évidence, ce saumon-là s’était tant empiffré la veille, qu‘il lui faudrait pas mal de temps avant de ressentir les effets de la faim.

Il s’enquit alors des traces du passage de la belle et de sa petite troupe. Mais point d’herbe foulée, de branchette cassée, rien qui permette de vérifier qu’il n’avait pas vécu un songe.
Dépité mais point découragé, il entreprit alors de découvrir une faille, un gouffre ou un quelconque passage qui permettrait à Belle des Bois et compagnie de disparaître aussi rapidement.

Cette fois encore sa recherche fut vaine. Néanmoins, ainsi équipé de sa hachette, il se fraya de discrets cheminements qui lui permirent de prendre connaissance de la géographie des lieux.

Il fallait se rendre à l’évidence : le torrent seul autorisait un accès naturel, ô combien difficile…
Il regagna la petite plage de graviers et s’accorda un petit somme réparateur.
Lorsqu’il se réveilla quelques heures plus tard, la nuit tombait. La lune décroissante éclairait de sa belle lumière la végétation, quoique plus faiblement que la veille.
Pour tromper son attente, Unai entreprit de se gaver de myrtilles et de framboises.
Le jour se leva. Unai observait toujours la surface de la vasque, point de remous, point de saumon, point de Belle des Bois, point de fifres et de tambourins…

Il emprunta la même voie de sortie, mais cette fois manqua de se noyer.
Malheureux, éreinté, il retrouva son campement par le chemin des crêtes, après de nombreux arrêts dus à des petits soucis digestifs, provoqués par une ingestion importante de myrtilles et d’eau froide.



  
par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Lundi 3 décembre 2007

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lettrine-U5.jpgUnaï dût faire un long détour par les crêtes escarpées de la forêt. Il crut même à plusieurs reprises s’être perdu. Enfin, il retrouva ses mules et ses chevaux qui paissaient, tranquilles, dans la clairière où il avait établi son campement de fortune.
Il s’accorda une petite collation, dans un état de surexcitation qui lui était inhabituel.

Unaî ne savait pas encore qu’il tombait en amour : ce trouble temporaire, si particulier chez vous les hommes, susceptible de vous procurer les plus grandes joies, comme de vous apporter les plus grands tourments…

Il passa ses mules et ses chevaux en revue. Un grand sourire imbécile lui fendait la bouche, découvrant ses belles dents blanches, bien alignées, qui contrastaient avec son teint terne, si terne.
Il se saisit de ses haches qu’il entreprit d’affûter sur une meule de pierre. Mais aujourd’hui, il n’avait pas le cœur à l’ouvrage. Ces pensées le ramenaient sans cesse à la vasque, à la belle… la « Belle des bois ».
C’est ainsi qu’il la nomma.

Remarques au passage la banalité du nom : « Belle des Bois ». Notes également que j’ajoute des B majuscules histoire d’y donner un peu de relief. Que veux-tu, il aurait pu se fendre de prénoms plus délicats comme : Ondine, Ureder Anderea, que sais-je encore ! Mais je m’égare, nous ne sommes pas là pour en juger… Reprenons plutôt le fil de ce récit .

(…) Ces pensées le ramenaient sans cesse à la vasque, à la Belle des Bois.
La meule de bois, terminée la veille, attendait sagement qu’il y mît le feu.
En temps normal, Unai aurait démarré sa journée par ce geste, de peur qu’une pluie ne vienne endommager la couche de terre qui la recouvrait.
Mais la Belle des Bois occupait tout l’écran de son monde intérieur.
Il choisit parmi le fatras de son outillage une hachette bien équilibrée et bien affûtée. Il la recouvrit d’un étui en cuir, se l’attacha à la ceinture. Puis tout guilleret, il courut en direction du torrent qui grondait toujours, en contrebas.
Il entra dans les eaux fraîches et se laissa porter par le courant…

 
par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Dimanche 2 décembre 2007


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 Il me semble l’avoir précisé, la vasque se situait dans un lieu fort encaissé.
Après s’être gavé de myrtilles, en guise de remède aux émotions de la nuit, Unai s’enquit d’un chemin ou d’un accès quelconque qui lui permettrait de regagner son campement.
Crois-moi, ce ne fut pas une chose aisée.
Une végétation dense rendait la progression difficile. Unai fit plusieurs tentatives. Griffé, écorché, il parvenait tout de même à franchir la barrière végétale pour buter par la suite sur les parois des falaises.
Dans des conditions normales, il eut pu aisément escalader les roches, mais de nombreuses petites sources  ruisselaient sur la pierre. Eau et lumière dispensaient un fabuleux cadre de vie aux algues et aux mousses qui envahissaient les moindres recoins et aspérités.

Après trois chutes provoquées par des prises mal assurées, glissantes, Unaï se résigna à rebrousser chemin.
Ce lieu était merveilleux certes, mais il ne pouvait se résigner à finir ses jours dans cet environnement, le ventre tiraillé, gonflé par les excès de myrtilles…
Il était arrivé ici par voie d’eau, il lui fallait en sortir par le même chemin.

Ce qui ne fut guère facile. Il essaya de quitter les lieux par l’amont, mais le courant trop puissant pour ses modestes qualités natatoires, le ramenait à la vasque. Il ne restait d’autres solutions que le sens opposé.

Notre pauvre Unaï but la tasse une bonne dizaine de fois. Il se cogna douloureusement la tête et les membres sur les rochers, pour finir par s’échouer épuisé, contusionné et meurtri sur une petite plage de sable fin, loin en aval de son campement.


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