Lundi 3 septembre 2007


Kirikino : Après avoir envisagé plusieurs éventualités pour cette hydromellerie (construction, association…), ta recherche de local aboutit enfin. Peux-tu nous dire à quelle occasion ?

Jean : Comme bien souvent, la solution de nos préoccupations se trouve à portée de main, mais la prétendue logique de nos démarches nous rend sourd aux messages que nous pouvons entendre ici et là. Je t’ai expliqué qu’à un moment j’envisageais la construction de l’hydromellerie, n’est-ce pas ?

Kirikino : En effet !

Jean : Donc avec mon beau-frère Jean-Luc (encore un bel exemple de solidarité, car il abandonne un moment ces activités pour se consacrer à l’étude de mon bâtiment), nous réalisons des relevés topographiques, et Jean-Luc dessine le plan de mon futur bâtiment.
Puis vient la consultation des artisans, maçons, charpentiers… Je présente donc mon projet de bâtiment à Gilbert : un charpentier du village. Et tandis que nous devisons, au cours de la conversation, il m’indique que son frère qui occupe le bâtiment voisin, déplace prochainement son atelier, sur la commune voisine ou il vient de faire construire.
Bien sûr cela fait tilt et je lui pose la question : « Que compte-tu faire de ce local ? » et Gilbert de me répondre qu’il envisage de le conserver pour stocker du matériel agricole (car en plus de son activité de charpentier, c’est un passionné d’agriculture…)

Kirikino : La parenthèse à peine ouverte se referme aussitôt !

Jean : Oui en effet, mais tu vas voir, les faits sont têtus. Comme je te l’ai expliqué, l’étude hydrogéologique que j’ai commandée me contraint à abandonner le projet de construction du local. Et comme j’ai apprécié la rapidité avec laquelle Gilbert a étudié mon devis (ainsi que son travail, car c’est vraiment un bon artisan), je vais le voir et je lui explique que je ne donnerai pas suite à son devis.
Nous voilà attablé devant un café, et comme il est d’un naturel curieux, je lui explique la fabrication de l’hydromel. À tout hasard, je lui reparle du local occupé par son frère. Et de fil en aiguille, nous convenons d’un loyer, et je deviens le locataire potentiel de son atelier.
Voilà, pas d’écrits entre nous : nous vivons dans un  pays où donner sa parole signifie toujours quelque chose.

Kirikino : Et du jour au lendemain, tu te retrouves locataire d’un local, tu peux donc démarrer.

Jean : Du jour au lendemain : non ! Patrick, le frère de Gilbert, doit terminer l’aménagement de son local, et il est hors de question, de précipiter les choses. Je dois donc attendre encore, mais cette fois, j’ai enfin la certitude de pouvoir enfin démarrer mon activité. 

 

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Jeudi 30 août 2007


Kirikino : L’impossibilité de construire cette hydromellerie sur ta parcelle t’imposait de reprendre les recherches d’un bâtiment à louer, si tu ne voulais pas abandonner le projet, n’est-ce pas ?

Jean : Oui, c’était cela où abandonner. J’attaquais donc la recherche sous un autre angle : je consultais toutes les mairies proches, je présentais mon projet, dans certains cas je déposais un dossier explicatif - donc du travail supplémentaire – bref, j’explorais toutes les possibilités qui s’offraient à moi, même les plus incongrues. Je dois reconnaître dans toutes mes requêtes, j’ai été reçu et écouté avec attention, les gens rencontrés me prodiguant des encouragements, m’organisant pour certains des rencontres avec de nouveaux contacts. 
(À ce propos, je remercie la pépinière d’entreprise Aldatu à Hasparren (et notamment Ingrid) pour toutes les dispositions qu’elle a mises en œuvre ainsi que pour son suivi du dossier)

Kirikino : Cette recherche s’étale sur de longs mois, n’est-ce pas ?

Jean : Oui, bien sûr, cela aurait été trop facile.
Dans le même temps, comme je me trouvais souvent en attente de décisions, cela ne m’empêchait pas par ailleurs, d’avancer sur les autres aspects du dossier.

Kirikino : Il est même question à un moment donné d’une association ?

Jean : Je vois que tu es bien renseigné !
Lors d’un entretien avec le maire de Labastide Clairence (merci Mr le maire pour le temps que vous m’avez consacré, et l’intérêt que vous avez porté à mon projet), ce dernier s’est étonné de la similitude de mon projet avec celui d’un citoyen  Anglais, désireux de monter une micro-brasserie. Devant mon intérêt, il arrangea un rendez-vous, qui devait être la base d’un projet d’atelier commun.
Robin et moi envisageâmes alors l’implantation de cet atelier sur un terrain de la commune de Labastide Clairence, splendide petit village médiéval, connu pour son renouveau artisanal, et dont le cadre correspondait pleinement à l’image que nous souhaitions donner à nos boissons respectives.

Kirikino : Donc de nouvelles études sont engagées ?

Jean : Pas tout à fait, car une fois nos besoins respectifs mis à plat, nous réalisons que la configuration du terrain disponible ne convient pas à l’exercice concomitant de nos activités. De plus se posent certaines contraintes techniques qui rendent l’éventualité difficilement réalisable.

Kirikino : Donc vos chemins se séparent…

Jean : Oui, momentanément, qui sait ce que l’avenir nous réserve.
Je pense que nos activités peuvent être complémentaires, et il ne m’étonnerait guère dans l‘avenir que nous engagions des actions communes. En attendant, je souhaite bonne chance et réussite à Robin qui vient de trouver un local à Hasparren ou démarrer son activité.

Kirikino : Et en ce qui te concerne, encore une nouvelle déception ?

Jean : Non, car toutes les aventures humaines sont bonnes à prendre. Signalons qu’enfin une solution se concrétisait.

Kirikino : Avant de te laisser, Jean, un petit mot pour Robin : « A quand le plaisir de déguster ta Bob’s Beer Robin ? ».
 
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Mardi 28 août 2007


Kirikino : Face à la difficulté de trouver un local qui corresponde à ton activité, tu as alors envisagé la construction d’une hydromellerie.

Jean : Après quelques mois de recherches infructueuses, je décidais en effet de franchir une nouvelle étape : la construction de mon hydromellerie sur le terrain familial. Cela présentait l’avantage : d’exercer mon activité à proximité de mon domicile, sur du foncier dont j’étais propriétaire, mais en même temps le désagrément d’avoir la sensation d’être toujours au travail…

Kirikino : Ce n’est pas ce dernier point qui a fait obstacle, n’est-ce pas ?

Jean : Non, j’ai balayé cela comme un tas de feuilles mortes : j’avais trimé sur ce projet : l’idée, l’étude de marché et tout le reste, et je ne me voyais pas baisser les bras. Je me suis donc attaqué au dossier avec la même détermination que pour le reste : étude et contraintes du bâtiment, financement des investissements…

Kirikino : Quels sont les éléments qui expliquent aujourd’hui l’abandon de cette solution.

Jean : Il faut dire que la superficie du terrain que je pouvais allouer à l’activité était réduite. De plus se posait le problème de l’épandage des effluents, bien que les volumes soient très limités.
J’engageais alors une étude hydrogéologique. Résultats de l’étude : la nature du terrain et la pente interdisaient un épandage classique, compte tenu des installations déjà existantes, dédiées aux effluents ayant pour origine la maison d’habitation. Il fallait donc envisager des investissements conséquents pour un petit atelier, qui n’aurait en aucun cas une possibilité de développement ultérieur…

Kirikino : Retour à la case départ, vous n’encaissez pas 20.000 francs …

Jean : Comme tu le dis. Petite déception quand même !
Mais, avec du recul, je ne regrette rien aujourd’hui :  ni le travail, ni la décision qui s’imposait.

Kirikino : Pourquoi donc ?

Jean : Car tout le temps de travail consacré à l’étude et à la conception du bâtiment, était loin d’être perdu  : j’avais dorénavant des idées claires et précises quant à mes besoins. Informations qui me seraient utiles par la suite.

Kirikino : Suite que nous envisagerons dans une prochaine note.
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Vendredi 24 août 2007


Kirikino : Jean, la recherche d’un local où exercer ta future activité, s’est révélée ardue, si j’ai bien compris ?

Jean : Oui. Et c’est bien une des difficultés que je pense avoir sous-évalué.

Kirikino : Quelles sont les raisons à l’origine de ces difficultés.

Jean : Elles résultent d’après moi, de la conjonction de plusieurs facteurs.

Kirikino : Oui mais encore ?

Jean : Tout d’abord, il convient d’être réaliste quant au contexte immobilier et foncier en Pays Basque. Nous vivons dans une région agréable, il faut bien le reconnaître, et quelque part, nous sommes un peu les victimes d’une certaine  popularité. Notre région devient attractive pour bon nombre de Français, mais également pour nos voisins européens. En conséquence les prix flambent, le mitage de l’espace rural s’intensifie en raison d’une demande importante de maisons individuelles, et de celle sans cesse croissante des résidences secondaires.

Kirikino : Possible, mais, bien que le phénomène que tu décrives ait des conséquences sur le plan paysager, cet afflux de nouveaux habitants suppose également un potentiel de nouvelles parts de marché. En quoi cela pourrait-il affecter l’exercice de ton activité ?

Jean : Tout simplement parce que le terrain relégué à l’activité artisanale, voire industrielle, demeure sous la pression du foncier résidentiel. Les prix du mètre carré bâti ou nu, n’ont plus aucune mesure avec l’exercice d’une activité artisanale. Je n’oublie pas le secteur agricole, qui risque très rapidement d’être « sinistré » pour les mêmes raisons.

Kirikino : Pourtant, lorsque tu nous as présenté « le catalogue des aides possibles », il me semble avoir noté au passage, une aide conséquente du Conseil Général.

Jean : C’est exact, mais il faut pour cela se lancer dans la création d’un atelier neuf. Cela suppose, outre les délais de réalisation, des investissements importants (terrain plus construction). Dans le cadre d’une activité naissante, conviens-en, ce n’est sans doute pas la solution idéale pour une jeune entreprise.

Kirikino : J’en conviens. Et pourtant tu as envisagé cette solution.

Jean : En effet !

Kirikino : Nous poursuivons sur ce sujet dans le prochain billet ?

Jean : Très volontiers

 

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Mercredi 22 août 2007


Kirikino : Nous n’avons toujours pas abordé le choix du statut juridique, ni même les formalités d’immatriculation… Je ne vais pas énumérer la liste car elle est bien longue, et nous aurons l’occasion de nous arrêter sur chacune des étapes.

Jean : Entendu, bien que jusqu’à présent, l’ensemble de ces considérations soient très techniques et finalement assez impersonnelles.

Kirikino : Mais ce n’est qu’une pâle transcription de la réalité, n’est-ce pas ?

Jean : Tout de même, il ne faut pas exagérer.

Kirikino : On a l’habitude de décrire la création d’entreprise comme celle d’un parcours du combattant. Qu’en penses-tu ?

Jean : Il est vrai que la démarche demande de la pugnacité et de la constance. Mais, dans le même temps, j’y trouve de nombreuses satisfactions. Il me semble d’ailleurs que mon cas n’est pas isolé, car selon une étude récente, « le bonheur d’être chef d’entreprise serait une réalité pour 88 % des créateurs d’entreprise ».

Kirikino : Etonnant ! La démarche doit induire une amnésie relative car il semble que tu fasses table rase des difficultés auxquelles tu te trouves confronté.

Jean : Non. Les difficultés font parties intégrantes du processus. J’éprouve même une espèce de jubilation discrète à les surmonter. Enfin, rassures-toi, ce n’est pas pour autant que je les recherche.

Kirikino : Alors ce premier bilan se résumerait à du bonheur sans tache.

Jean : Je n’irai pas jusqu’à dire cela. Ce serait oublier cette impression de désespérante lenteur du déroulement de certains événements, cette solitude au moment de prendre une décision…

Kirikino : Après tout, tu es déjà passé par là. Tu sais sans doute à quoi t’attendre.

Jean : Oui, peut-être. Je me souviens fort bien des propos de mon expert-comptable lorsque je lui annonçais ma volonté d’arrêter cette société de prestation de service : « Vous verrez, vous y reviendrez. Une fois qu’on y a goûté, on fait difficilement marche arrière… ».
Je ne le croyais pas à l’époque, mais force est de constater qu’il avait raison.
Quoique à évoquer les difficultés, il me revient à l’esprit celles rencontrées pour trouver un local ou exercer mon activité, et je te prie de croire, ce n’était pas coton.

Kirikino : Voilà qui est intéressant ! Serait ce le sujet de notre prochain entretien ?  

 

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Lundi 20 août 2007


Kirikino : Tu t’apprêtes finalement à lancer un projet conséquent, tout au moins au regard des investissements supposés. Bénéficieras-tu d’un programme d’aides quelconques ?

Jean : Je peux prétendre en toute garantie à l’ACCRE.

Kirikino : C’est-à-dire : une exonération de charges sociales pendant un an.

Jean : En effet.

Kirikino : Mais je croyais cette aide seulement réservée aux demandeurs d’emploi indemnisé.

Jean : Non, en tant que demandeur d’emploi non indemnisé, je bénéficie également de cette aide, à condition que la demande soit enregistrée avant le démarrage de l’activité.

Kirikino : Et cette aide est toujours assortie de chèques-conseils n’est-ce pas ?

Jean : Pour l’instant oui. Par contre à compter du premier Janvier 2007, le maintien de la couverture sociale de 12 mois n’est plus assuré.

Kirikino : La liste se limite – t’elle à l’ACCRE ou bien ton dossier est-il susceptible de correspondre à d’autres programmes ?

Jean : Je suis en contact avec le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, qui propose un programme d’aide à l’industrialisation, dans le cadre duquel, je devrais éventuellement pouvoir bénéficier du fonds d’actions collectives « commerce artisanat ».
Des contacts biens avancés sont également établis avec le Conseil Régional d’Aquitaine et je pense être éligible un jour ou l’autre, au programme d’aide suivant : « Investissements matériels et immobiliers en Agroalimentaire ».
 
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