Vendredi 30 novembre 2007
Vous pouvez maintenant lire le conte dans sa totalité en cliquant ici.

L’attente ne fut guère longue.
Une femme belle, belle comme, comme…
Les mots et les qualificatifs manquaient à Unaï, tant l’apparition était saisissante, merveilleuse…
Soulignons également que la richesse de vocabulaire n’était pas son fort…
Une joyeuse troupe de petits êtres s’agitait autour d’elle, chantant, dansant, soufflant dans des pipeaux, frappant de minuscules tambourins dans une musique à te rendre l’âme joyeuse.
La belle, parvenue sur la pierre plate se saisit de l’objet abandonné par le saumon et s’en peigna son immense chevelure.
Allongée sur la pierre, elle se peignait délicatement. Ses cheveux brillaient comme l’or fin, et chose surprenante, communiquaient leur halo au peigne au fur et à mesure de ses allées et venues
dans la chevelure soyeuse.
Le spectacle était surprenant de beauté et d’harmonie, même pour un être fruste comme UnaÏ. Il contemplait le tout avec délices tout en ingurgitant de temps à autre une poignée de myrtilles ou
de framboises qui s’offraient généreusement à satisfaire une faim passagère.
L’aube ne tarda pas à poindre. Du pipeau de celui qui paraissait être le chef des musiciens sortit alors un son strident. La musique cessa soudainement ; la belle, d’un geste élégant lança son
peigne dans la vasque, et le petit attroupement disparu aussi soudainement qu’il était apparu.
Mercredi 28 novembre 2007
Vous pouvez maintenant lire le conte dans sa totalité en cliquant
ici.
La fréquentation des femmes : pauvre Unaï …
Non pas qu’il soit vilain garçon, bien au contraire. Bien bâti et joliment charpenté, un sourire aux dents saines illuminait un visage… terne, il faut bien le dire, terne, bien terne.
Enfin terne, noiraud voire sale… Que veux-tu que je te dise : on ne manipule pas du charbon comme de la farine.
L’intensité des efforts à fournir, la surveillance du foyer, contraignaient Unaï à travailler le plus souvent torse nu. Aux morsures du soleil, il fallait ajouter la poussière du charbon
de bois qui, mêlée à la sueur, s’incrustait profondément dans la peau.
Bien qu’il fut d’un naturel propre et qu’il se lavât dans les cours d’eau une fois sa journée de labeur achevée, il avait beau se frotter à se meurtrir la peau, son teint ne retrouverait jamais
celui d’origine. C’était comme cela, il lui fallait vivre avec…
Je vois à ton expression, que tu l’imagines en pleine misère sexuelle…
Détrompes-toi, cela ne se passait pas trop mal pour lui.
Lorsqu’il se rendait au village, il se trouvait toujours quelque rustaude, qui préférait sa peau fanée à l’odeur d’étable ou de poisson que dégageaient d’éventuels soupirants.
Son problème résidait davantage dans son cadre de vie. Aucune des pauvrettes auxquelles il proposait l’aventure, même parmi les plus hardies, n’était disposée à partager sa vie dans la solitude
des bois et des bêtes sauvages.
Voilà, c’est tout simple comme explication.
On s’aventurait en lisière des futaies, pour ramasser du bois mort pour une flambée, des baies ou quelques champignons, mais jamais, on ne s’enfonçait au cœur de la forêt : un monde peuplé de
mauvais esprits, de sylvains, de créatures fantastiques et autres billevesées.
La vie était tellement simple dans la vallée : on cultivait quelques arpents de céréales, on élevait un peu de bétail qui servait de monnaie d’échange avec les villages voisins, et surtout, on
vivait de la pêche du saumon qui remontait en abondance les cours d’eau des environs.
Une vie simple, tranquille sans aléas majeurs. Monotone et saisonnière sans doute, car elle dépendait de la fraie des saumons, mais qui plaisait au plus grand nombre.
Au plus grand nombre, sauf à Unaï, qui se complaisait dans la quiétude des bois, dans le chant des montagnes escarpées…
Mais, l’indépendance se paie au prix fort. Unaï en savait quelque chose. Et cette question d’âme sœur, même si il ne se la posait pas en des termes aussi poétiques, lui taraudait l’esprit, à
défaut d’autre chose.
Les années passaient, la communauté prospérait.
À défaut d’emplacements vacants dans la vallée, de nouveaux foyers voyaient le jour sur les contreforts de la montagne. L’air embaumait le copeau de hêtre, et cette odeur si caractéristique des
fumoirs à poissons.
Unai, quant à lui, menait toujours la même vie solitaire. La demande en charbon de bois augmentait, et les cours progressaient de pair, ce qui eut pu améliorer ses conditions de vie.
On pouvait d’ailleurs juger de son aisance à son équipage de mules et chevaux de bâts. Des bêtes magnifiques, bien entretenues, aux harnachements chamarrés, aux clarines tintinnabulant
joyeusement tandis qu’il effectuait ses livraisons de charbon, deux fois l’an, comme à l’accoutumé.
Mais Unai devenait de plus en plus terne, de moins en moins loquace. Son magnifique sourire, qui jadis brillait comme un phare dans la nuit, il le réservait maintenant à ses poulains et aux
animaux sauvages.
Certes, on lui achetait volontiers son charbon, mais la communauté le considérait comme un marginal, certains le qualifiaient même de sorcier.
Quel homme digne de ce nom pouvait ainsi vivre isolé comme une bête sauvage.
Derniers Commentaire