Jeudi 16 août 2007


Kirikino : Tu nous as exposé les différentes démarches entreprises en matière de recherche de financement, mais tu ne nous as livré aucune indication quant aux montants nécessaires au lancement du projet.

Jean : Les besoins en matière de financement, s’élèvent environ à 150000 Euros, apports personnels et autres concours bancaires inclus.

Kirikino : Pffff ! Une coquette somme que l’on ne trouve pas sous le sabot d’un cheval.

Jean : Hum, Hum.

Kirikino : Tu nous as déjà expliqué que cette activité était peu commune en France, voire pratiquement inconnue. Tu parlais d’un renouveau de l’hydromel aux Etats-Unis. À ton avis, les ateliers qui se montent outre-atlantique supposent-ils un niveau comparable d’investissement.

Jean : Il faut le croire. Tandis que je recherchais des informations sur le sujet, j’ai participé à des forums sur des sites américains (Gotmead par exemple) et  les  investissements prévus pour le montage d’une hydromellerie s’élevaient à des montants comparables : 150000 à 180000 dollars pour des unités de taille comparable. J’en conclus que l’estimation de mes besoins cadrait avec les nécessités du projet.

Kirikino : En fait aujourd’hui, les partenaires éventuels t’ont fait part dés le départ d’accords de principe, mais en aucun cas d’engagements définitifs.

Jean : C’est exact.

Kirikino : Et cela ne t’a pas préoccupé?

Jean : Disons qu’à ce moment précis du projet, il n’y avait pas motif à inquiétude, car le projet tel que je l’avais présenté reposait sur la constitution d’un stock préalable que je financais en tous points, et qui me permettrait de générer rapidement du chiffre d’affaires, une fois la société créée.  (Souviens-toi de nombreux mois sont nécessaires à l’élevage de l’hydromel)
C’est d’ailleurs, cette disposition qui a retenu (entre autres) l’intérêt des banquiers lors de la présentation du projet.

Kirikino : Il est vrai que le financement d’une activité qui ne générerait pas de liquidités durant sa première année d’activité, supposerait un montage financier avec des garanties bien plus conséquentes…

Jean : Je partage également cet avis.

Kirikino : Mais cela suppose sur le plan personnel une mise de fonds importante.

Jean : En effet.

Kirikino : Nous reviendrons sur ce dossier si tu le permets. Nous verrons bien si le moment venu les partenaires se trouvèrent ou non au rendez-vous.
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Mardi 14 août 2007


Kirikino : Après avoir passé en revue les organismes susceptibles d’attribuer des prêts d’honneurs, tu as donc étudié la possibilité d’une intervention au capital.

Jean : Exact d’autant plus que je suis l’actionnaire (très modeste) de l’un d’entre eux.

Kirikino : Et lequel ?

Jean : Herrikoa.

Kirikino : Pourrais-tu nous dire comment tu es venu  à prendre une participation dans un tel organisme ?

Jean : Je ne fais pas partie du groupe limité des actionnaires fondateurs, tu sais les actionnaires visionnaires de la première heure. Il est utile de rappeler que Herrikoa a pour vocation de soutenir l’emploi en Pays Basque par le biais de financements adaptés aux besoins des entreprises, en s’appuyant sur la base d’un actionnariat populaire. J’étais pour ma part, conscient du problème de l’emploi dans notre région, donc, il m’apparaissait logique de participer à l’augmentation de capital.
Je possède donc quelques actions qui participent selon moi davantage du symbole, et de la volonté participative bien plus que d’une participation financière notable. Mais là encore les petits ruisseaux…

Kirikino : Dans de telles conditions, j’imagine des contacts plus aisés.

Jean : En effet, mais ne vas surtout pas imaginer que les exigences soient moindres. De la qualité de ton dossier dépendra la décision du comité d’administration.

Kirikino : Et quel accueil a-t’on reservé à ton dossier ?

Jean : Le premier accueil du projet a été favorable. Il a fallu par la suite retoucher certains éléments car le projet entre-temps avait évolué.
L’intervention de Herrikoa se traduit par une participation minoritaire au capital social de l’entreprise ainsi que par un apport en compte courant. La société doit donc être immatriculée pour que la participation soit effective.
Si je peux me permettre un conseil aux futurs créateurs d’entreprise : lorsque vous plancherez sur votre dossier financier (et même avant), rapprochez-vous du site herrikoa et téléchargez le fichier Excel (sortzen.berri .xls) qui vous permettra de constituer un dossier complet, et surtout une modélisation informatisée des comptes prévisionnels. Il se peut que vous ayez à le modifier légèrement, mais croyez-moi quel gain de temps (et j’en sais quelque chose…).

Kirikino : Finalement tu es passé devant la commission d’octroi de participation ?

Jean : En effet, à la mi-mars

Kirikino : Et ?

Jean : Mon dossier a été accepté. Nous pourrons en reparler si tu le désires.

 

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Vendredi 10 août 2007


Kirikino  : Nous avons envisagé le recours au prêt bancaire classique, et le prêt d'honneur dans le cadre du financement de ton projet de création d'entreprise. As-tu engagé d'autres démarches similaires ?
 

Jean  : Il existe, en Pays Basque (comme ailleurs j'imagine), une plate-forme d'initiative locale du nom de Bultza, qui permet dans certaines conditions de bénéficier de fonds d'amorçage ou bien encore de prêts d'honneurs.

 

Kirikino  : Et cette fois, tu étais dans les clous ?

 

Jean  : Malheureusement, pas tout à fait. Le programme Bultza correspond à un zonage particulier sur le plan territorial. Dans un premier temps, mon installation sur la commune de Larressore ne m'autorise pas à bénéficier du programme, alors que mon atelier se trouve seulement à un kilomètre de la limite de la commune d'Espelette, qui, elle, remplit les conditions…

 

Kirikino  : Dommage, nouvelle déception ?

 

Jean  : Partielle, car j'envisageais prochainement de m'installer également sur la commune d'Espelette dans la mesure ou le bâtiment, que j'avais en vue, se libèrait rapidement. Auquel cas, je pouvais bénéficier du prêt à condition que cette installation soit effective dans les deux ans. Les sommes allouées sont relativement modestes, mais ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières…

 
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Mercredi 8 août 2007


Kirikino  : Ta recherche de partenaires financiers s'est-elle limitée au concours bancaire classique, ou bien as-tu également envisagé de te rapprocher d'organismes de capital-risque ou autres ?
 

Jean  : En effet, mais avant de m'adresser aux organismes de capital-risque, j'ai vérifié si je pouvais au préalable bénéficier d'un prêt d'honneur, c'est-à-dire sans garantie, ou encore le recours à un organisme de crédit solidaire.

 

Kirikino  : En matière de prêt d'honneur, tu as sûrement évoqué lors de ta rencontre avec ton banquier, le recours au P.C.E d'Oseo.

 

Jean  : Oui. Mais il existe de nombreux autres organismes susceptibles de consentir de tels prêts. Reste à vérifier si ton projet répond bien aux objectifs affichés par ces organismes.

 

Kirikino  : Quels ont été les résultats de cette démarche ?

 

Jean  : Dans ce cas de figure, le réseau Entreprendre.

 

pouvait cadrer avec mes besoins. Je me suis donc rapproché de l‘organisme Adour Entreprendre à Pau, sur les recommandations de personnes consultées au Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, bien que mon projet ne correspondit pas à une des exigences affichées de l'organisme.

 

Kirikino  : Laquelle ?

 

Jean  : Créer 5 emplois dans les trois ans, en sus de celui du gérant. Mais compte tenu des encouragements que me prodiguaient mes contacts quant à la qualité de mon projet, je tentais l'expérience.

 

Kirikino  : Pour quel résultat ?

 

Jean  : Eh bien, je me suis ramassé !

 

Suite à une première prise de contact, nous avons eu une conversation avec le directeur au cours d'un entretien téléphonique. J'ai bien entendu présenté mon projet en lui proposant de lui faire parvenir mon dossier, ainsi que de convenir d'un rendez-vous, mais …

 

Kirikino  : Mais ?

 

Jean  : Mais il a en quelque sorte sous-entendu que je manquais d'ambition pour un projet jugé trop artisanal : je ne souhaitais créer que quatre emplois à terme (dont le mien évidemment) ; il en manquait donc deux. Fin de recevoir.

 

Ce monsieur m'a tout de même gentiment proposé de me rapprocher de certaines de ses connaissances pour mes futurs approvisionnements en miel, mais j'avais d'ores et déjà une garantie d'approvisionnement en direct de miels de qualité auprès d'apiculteurs professionnels.

 

Kirikino  : Et j'imagine que tu ne t'es pas découragé  pour autant.

Jean  : Non en effet....
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Lundi 6 août 2007


Kirikino  : Dans notre dernier billet, tu nous recommandais d'apporter un soin attentif au montage du dossier financier avant d'envisager d'exposer ton projet à un partenaire bancaire ou autre. Pourrais-tu préciser ?
 

Jean  : Nous avons déjà évoqué le taux de mortalité important des « jeunes pousses » comme on les dénomme désormais. Essayons un moment d'endosser le rôle du banquier. À ce propos, tu auras remarqué comme moi que les banques en général recrutent et forment à tour de bras du personnel jeune en raison d'un phénomène pyramide des ages inversée , mais également une révolution sur le plan des services bancaires : banque numérique, développement de la gamme des offres de services : assurance, voyage…

 

Kirikino  : Quel rapport avec le sujet que nous traitons ?

 

Jean  : Attends, j'y viens. Essayons d'inverser la situation : je suis un jeune banquier rompu à la lecture et à l'analyse des rapports financiers. Par contre j'ai peu d'expérience des différents métiers et secteurs d'activités. Se présente alors un client potentiel pour lequel les statistiques nationales m'annoncent que la prise de risque n'est pas anodine puisqu'il a 50% de mettre la clé sous la porte dans les cinq ans.

 

Kirikino  : Hum, Hum, intéressant, je n'avais pas envisagé les choses sous cet angle. Peux-tu développer ?

 

Jean  : Soit, mais je dois confesser que je n'ai aucune idée de leurs méthodes et encore moins de leurs techniques de sélection des dossiers.

 

Par contre, de façon empirique voici la façon dont je procéderai : je commencerai en premier lieu par m'assurer que le futur créateur est client chez moi ou non. Une lecture rapide de son historique client me renseignera sur son sérieux, sur son patrimoine car j'ai dû sûrement participer au financement de son logement, de sa voiture… Ensuite je vérifierai le potentiel offert par son secteur d'activité : comme je finance sur l'ensemble du territoire des projets équivalents, j'ai en main des ratios qui me permettent de vérifier la cohérence et la viabilité du projet. Puis j'épluche ses comptes prévisionnels, car là, pas de soucis, voilà un domaine dans lequel j'excelle. Enfin, au cours de l'entretien, j'essaie de vérifier les objectifs et les compétences du porteur de projet, assis face à moi.

 

Kirikino  : N'ergotons pas sur la méthode. Ton banquier doit à mon avis disposer d'outils autrement plus performants.

 

Jean  : Bien sûr, mais j'envisage ce rendez-vous sous l'angle du bon sens. Et j'essaie de mettre toutes les chances de mon côté.

 

Donc, premier réflexe, je demande rendez-vous au banquier chez qui je possède un compte, car il me connaît. Ensuite, comme je désire lancer une activité disons nouvelle, car les entreprises possédant une activité proche de la mienne se comptent sur les doigts d'une main, j'apporte le plus grand soin à la rédaction de mon dossier pour faciliter sa grille de lecture. Enfin avant de prendre rendez-vous, je me rends sur son site et j'étudie attentivement les dispositions et produits proposés, ainsi que l'objet de sa campagne publicitaire afin de rebondir sur les arguments avancés.

 

Kirikino  : Et la traduction dans les faits ?

 

Jean  : Je me suis contenté de présenter mon dossier à deux banques : le Crédit Agricole, mon partenaire privé, et la BNP mon ancien partenaire professionnel. Et ces entretiens se sont fort bien déroulés : les deux organismes financiers se déclarant disposés à me suivre. Enfin pour l'instant ! La création et l'immatriculation de l'entreprise n'étant pas encore d'actualité, il conviendra de reprendre le dossier et d'étudier minutieusement les propositions afin de vérifier les bonnes intentions de mes futurs partenaires.

 

Kirikino  : Dans ce cas, nous reviendrons sur ce sujet.

  
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Jeudi 2 août 2007


Kirikino  : Il reste à vérifier maintenant si le projet d'entreprise est viable, d'où l'intérêt des prévisions financières. J'imagine que tu auras envisagé une approche classique sur trois ans.
 

Jean  : Je me serais volontiers contenté d'une approche triennale, mais en raison des spécificités de production, j'ai préféré envisager cette phase sur une période de cinq ans. N'y vois pas un excès de zèle inutile.

 

Kirikino  : Quelles sont les spécificités auxquelles tu fais allusion ?

 

Jean  : Je pense qu'en matière de production d'hydromel, la grande vertu que peut et doit manifester son fabricant consiste en la patience. Pour donner au produit la possibilité d'exprimer toutes ces capacités aromatiques, un élevage de plusieurs mois s'avère nécessaire. Auquel cas, entre le démarrage des premières fermentations et la mise en bouteille, qui déclenchera à son tour la mise en marché, de nombreux mois sont nécessaires. Cela implique une immobilisation financière importante. Cette immobilisation associée à un développement nécessaire de l'activité au cours des cinq premières années, représente un ensemble gourmand en capitaux avec des répercussions sur les besoins en fonds de roulement.

 

Kirikino  : Compte de résultat, plan de trésorerie, calcul des besoins en fonds de roulement, plan de financement, définition du seuil de rentabilité, l'établissement de l'ensemble de ces comptes prévisionnels se révèle ardu, n'est-ce pas ?

 

Jean  : Ce n'est pas évident, je l'avoue, mais là encore, l'informatique apporte une aide précieuse. Le recours à un tableur permet des simulations haute, basse… et simplifie beaucoup les choses. Il faut néanmoins posséder des notions élémentaires de gestion. Mais l'exercice mérite les soins que l'on y apporte, car sans dossier financier cohérent et solide, la discussion avec son futur banquier devient compliquée.

 

Kirikino  : Bien, et si la prochaine fois tu nous contais par le détail tes premiers contacts avec le banquier.

 

Jean  : Entendu.

 

Si je peux me permettre un petit conseil aux porteurs de projet : téléchargez le « modèle de plan d'affaires pour la banque », ainsi que le « guide pratique du créateur » proposés par l'APCE : il sont remarquables de précision.

  
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