Essaim d'abeilles sauvages dans un épicéa
Photo : Antton Irubetagoyena
Kirikino : Peut-on affirmer que le processus de capture des essaims commence avec les débuts de la sédentarisation.
Jean : Le phénomène est sans aucun doute lié, mais l’approche n’est pas aussi définitive que tu le laisses entendre. Certaines populations nomades capturent des essaims et «
transhument » avec leurs ruches.
Donc, à mon avis, la sédentarisation n’est pas le facteur déterminant susceptible d’expliquer le phénomène.
J’opterai plutôt pour un processus de rationalisation.
La
chasse au miel, suppose un repérage de la colonie, puis une destruction partielle ou totale de
celle-ci pour s’approprier son miel. Cela implique également l’année suivante, la surveillance de nouvelles zones, voire des déplacements plus importants pour une récolte somme toute
hypothétique.
Kirikino : Donc très tôt l’homme a réalisé qu’il avait tout intérêt à s’approprier la colonie, ou tout au moins à la garder à ses côtés.
Jean : Très juste. Le plus simple est donc de capturer un essaim sauvage lors de l’essaimage et de le loger dans une ruche rudimentaire confectionnée de paille, torchis ou de
poterie, ou encore aujourd’hui de l’implanter dans une ruche moderne à cadres.
C’est d’ailleurs ainsi que nous avons démarré notre premier rucher, Michel et moi, en piégeant des essaims sauvages, ou échappés de ruches voisines…
Mais en Europe, jusqu’au Moyen Age, on se contentait de moyens encore plus radicaux. Une fois la colonie d’abeilles sauvages repérée dans la forêt, on envoyait une équipe de bûcherons chargés
d’abattre l’arbre, de le débiter et de ramener une partie du tronc peuplé d’abeilles au village : les fameuses ruches-troncs composées le plus souvent d’une partie d’un tronc de chêne
évidé.
Kirikino : Tu parles d’une aventure ! Imagine un peu : scier le tronc avec les outils dont ils disposaient, en convoyer une partie sur un char à bœuf jusqu’au village…
L’exercice se devait d’être piquant…
Jean : Mais les gens de l’époque ne s’embarrassaient pas de détails. D’autant plus que les techniques apicoles étaient des plus rudimentaires. Une fois la ruche « grasse »,
c’est-à-dire pleine de miel, on asphyxiait mortellement la colonie, et l’on s’appropriait le butin de cire et de miel.
Kirikino : Ouais, mais c’est reculer pour mieux sauter. Si tu dois te décarcasser tout les ans pour ramener un tronc rempli d’abeilles au village, je ne vois pas ou se trouve
l’intérêt.
Jean : En fait, il y a un ! Car, bien que la colonie de la ruche tronc soit décimée par l’homme, la ruche va se repeupler assez rapidement avec un nouvel essaim attiré par les
phéromones déposées par la colonie précédente.
Je ne sais si les gens de l’époque avaient analysé le phénomène, mais ils avaient sûrement dû le remarquer.
Et compte tenu de l’importance des essaims sauvages, cela ne devait pas trop constituer un problème.
D’ailleurs aujourd’hui encore, quand nous désirons piéger un essaim dans une ruchette, nous recourons au même procédé : nous déposons à l’intérieur de la ruchette un cadre d’alvéoles ayant
contenu du couvain.
Kirikino : C’est simple comme bonjour !
Jean : Presque !
Car il y a des gens encore aujourd’hui qui se donnent encore beaucoup de mal pour cela.
Je pense à ces apiculteurs Turcs des monts Kashkar, qui piégent les essaims sauvages au faîte des arbres.
Kirikino : Oui exact. Cette séquence vidéo est fabuleuse !
Jean : La chaîne du Kaçkar longe la mer Noire et ces images rapportées par Arnaud Blin et Philippe Lallet sont superbes.
Si vous avez dix minutes devant vous, je vous recommande de projeter la séquence vidéo suivante :
apiculteurs alpiniste/1 et pour ceux qui ont été séduit, je leur propose de visualiser la suite (un petit complément de 2 minutes
"apiculteurs alipinistes /2")
Kirikino : Une précision importante : ces gens capturent des essaims dans des ruches troncs, mais ne tuent pas les abeilles à l’heure de la récolte.
Jean : Exact ! J’aimerais bien un jour déguster ce miel de Karakovan…
Bon sang ! Que ne faut-il pas faire pour protéger ses ruches de la voracité de l’ours…
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