Mardi 31 juillet 2007


Kirikino  : Dans notre dernier entretien, tu annonçais avoir échafaudé une méthode quelque peu orthodoxe pour réaliser ton étude de marché. Pourrais-tu nous la présenter brièvement ?
 

Jean  : La méthode est simple. Dans un premier temps, je liste les informations à collecter : évolution générale du marché, situation et perspectives de la concurrence, caractéristiques des produits existants…Je me suis rapidement retrouvé avec treize grands groupes d'informations.

 

Dans un second temps, je rapproche l'information que je désire collecter de son utilisation possible, que je classe également en trois groupes : orientation stratégique, politique commerciale, budget. Puis je remplis les grilles pour chacun des groupes d'informations. Par exemple des informations concernant l'évolution du marché me permettent de définir (en partie) mon orientation stratégique ainsi que mon budget.

 

Dans un troisième temps, j'envisage pour chaque groupe d'informations à collecter, les moyens à mettre en œuvre en faisant abstraction de toutes les contraintes.

 

Enfin une fois l'ensemble des moyens à mettre en œuvre définis, j'étudie la possibilité de leurs mises en œuvres en fonction de mes moyens financiers, humains, techniques.

 

En fait, on se rend compte à la fin de ce travail préalable que peu de moyens ne peuvent être mis à exécution. Seuls une poignée doivent alors être écartés. Comme je ratisse très large, et que je procéde sans cesse à des croisements d'informations, la qualité de l'information s'en trouve peu affectée.

 

Kirikino  : Je vois : cela semble assez astucieux mais vorace question temps. Pourquoi y avoir consacré autant d'heures, alors que tu sais par expérience que l'étude de marché ne constitue en aucun cas un gage de succès absolu.

Jean  : Certes, mais j'ai évoqué dans un billet précèdent la nécessité de se confectionner un filet pour amortir la chute. À mon sens, la principale vocation de l'étude de marché est la réduction des risques. Tu conviendras avec moi que se lancer sans étude préalable, c'est faire preuve d'inconséquence, et également le plus sûr moyen de te planter.
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Vendredi 27 juillet 2007


Kirikino  : Nous n'avons pas encore parlé de l'étude de marché. Qu'en est-il : oubli volontaire ?
 

Jean  : Non, bien au contraire. L'étude de marché constitue bel et bien la pierre angulaire d'un projet de création d'entreprise, du mien en tout cas. Mais jusqu'à présent, nous avons abordé le projet par une approche chronologique. Une fois les préalables : idée et cohérence du projet définies, il était temps de réaliser cette étude, bien que dans la réalité du déroulement des opérations, il y ait eu pas mal d'imbrications entre les trois éléments.

 

Kirikino  : Nous pénétrons dans un domaine que tu maîtrises bien pour en avoir, au cours de tes précédentes activités, réalisé un certain nombre. Est-il plus difficile de réaliser une étude de marché pour un client que pour soi-même ?

 

Jean  : Les difficultés et finalités sont identiques : rassembler et analyser des informations qui permettront de définir sa clientèle, de situer la concurrence, pour éventuellement adapter ses produits dans un premier temps. Puis dans un deuxième temps, à partir des éléments collectés, on définira sa stratégie, sa politique commerciale, un budget prévisionnel.

 

Kirikino  : Entendu, l'approche demeure classique : de la connaissance du marché découle la capacité de décision.

 

Jean  : En effet. La définition des moyens constitue la principale différence entre l'étude destinée à un client et une étude réalisée pour compte propre. Dans mon cas, il s'agissait de compenser dans la mesure du possible des ressources financières modestes par du temps en abondance.

 

Kirikino  : Et dans les faits, comment cela se traduit-il ?

 

Jean  : La méthode que j'ai échafaudée peu sembler peu orthodoxe, mais à mon avis les résultats sont très satisfaisants.

 
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Mercredi 25 juillet 2007


Kirikino  : Tu nous as présenté de façon explicite la genèse du projet, ainsi que la phase de maturation de l'idée à la base même de ce projet. Mais créer un produit, un service, suppose également le choix d'un mode de vie que je qualifierai de particulier. Tu reconnaîtras avec moi, qu'un projet, quel que soit sa nature, repose sur de nombreuses exigences. Expliques-nous comment tu as vérifié cette cohérence indispensable entre exigences et mode de vie.

Jean  : Il est vrai, une fois l'idée définie, certaines questions s'imposent alors à l'esprit. Quels domaines de compétence font défaut à la mise en place d'un tel projet ? Quelles en sont les contraintes ?…

Puis, tu te demandes simplement : le jeu en vaut-il la chandelle ? Mes motivations ne sont-elles pas démesurées ? Pourquoi engagerai-je une telle prise de risque ?

Kirikino  : Puisque tu poses la question, pourquoi une telle prise de risque ?

Jean  : Oh ! Je pense avoir évoqué ces besoins d'autonomie, d'indépendance… Je pense également qu'à mon âge, je possède les ressources pour relever un nouveau défi.

Kirikino  : A propos, quel âge as-tu ?

Jean  : Bientôt 48 ans.

Kirikino  : Ce n'est plus tout jeune, dis donc !

Jean  : Je n'en suis pas pour autant un vieillard cacochyme !

Kirikino  : Ce n'est pas ce que je sous-entendais : âge et expérience vont généralement de pair. Côté énergie et tonus, on vérifiera si ça baigne ? Je suppose que côté contraintes, ta présente disponibilité aura permis de dégager le temps nécessaire.

Jean  : En effet, durant cette pose de quelques années, j'ai pas mal réfléchi à ce que pourrait être ma nouvelle orientation professionnelle.

Kirikino  : Et côte famille, comment ta femme et tes enfants voient-ils les choses ?

Jean  : Le mieux serait de leur poser directement la question. Cela se passe plutôt bien pour l'instant : ils m'épaulent et me soutiennent. Ce qui n'exclut pas de temps à autre quelques critiques, ou observations bien senties qui t'empêchent de perdre prise avec la réalité.

Kirikino  : Parvenu à ce stade du projet, pressentais-tu d'ores et déjà quelles seraient les contraintes majeures au démarrage du projet de création ?

Jean  : Sans aucun doute, les contraintes financières ainsi que le local ou exercer cette activité.

 
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Lundi 23 juillet 2007


Kirikino  : Tu conviendras avec moi qu'une idée de création d'entreprise repose sur deux grandes bases : une opportunité commerciale sur un marché sommes toutes, banal, et/ou, une innovation. Tu viens de reconnaître que le marché de l'hydromel était tout sauf banal : ne l'as-tu pas qualifié d'une peau de chagrin !
 

Jean  : En effet, j'estime le marché à quelques milliers d'hectolitres, dans le cadre d'une production peu organisée et très atomisée. Rien à voir avec le marché du vin ou encore celui de la bière par exemple.

 

Kirikino  : C'est bien ce que j'avais compris : nous sommes loin d'un marché de grande consommation, n'est-ce pas ?

 

Jean  : Exact.

 

Kirikino  : Auquel cas, il nous reste la seconde éventualité : l'innovation.

 

Jean  : Oui, mais n'oublions pas que la combinaison des deux demeure possible.

 

Kirikino  : Je partage cet avis, mais restons logiques : il y a peu de temps, tu présentais l'hydromel comme « la première boisson fermentée de l'humanité », et aujourd'hui si je te suis bien, tu sous-entendrais que cette boisson constitue une innovation.

 

Jean  : Tu considéreras sans doute que je biaise, mais je pense que l'exemple suivant peut-être significatif.

 

Je viens d'évoquer le cas de la bière. S'il est une boisson qui remonte également à la nuit des temps, c'est bien la bière. Depuis son invention, jusqu'à la fin du XIX° siècle, la production de bière s'effectue par voie de fermentation haute. Disons pour faire simple, une fermentation à température ambiante. En 1842, en bohême, un brasseur innove : il envisage la production de bière par voie de fermentation basse. Pourquoi basse ? Car contrairement aux précédentes, les levures en cours de fermentation migrent vers le bas.

 

La première Pils vient de naître. Cette bière blonde, légère, que l'on consomme fraîche va à l'encontre du modèle économique de l'époque. Il faut davantage d'équipements pour la produire (notamment la maîtrise du froid), la fermentation en raison des températures basses est plus longue (donc des immobilisations supplémentaires, une augmentation de besoin en fonds de roulement…) et de plus, les levures ainsi conduites produisent moins d'alcool. Et pourtant, cette bière rencontre un succès considérable, l'équivalent de 90% de la production mondiale aujourd'hui.

 

Kirikino  : Je te vois venir avec tes gros sabots. Ne me dis pas que la brasserie Pilsner Urquell a eu recours à la méthode du « concassage » que tu nous as présenté lors du précédent billet.

 

Jean  : Je n'en pas la moindre idée. Mais dans les faits cela y ressemble. Les bières de fermentation haute ou spontanée de l'époque sont des bières brunes ou troubles, alcoolisées, et on les boit presque à température ambiante (entre 8 et 12°). La Pils engendre la famille des lagers : ces bières blondes, limpides et claires, filtrées donc sans dépôt, et peu alcoolisées. De plus leur durée de conservation est plus longue, et le développement de leur consommation s'appuie sur une autre innovation technique : le réfrigérateur.

 

Tu conviendras avec moi que la bière Pils dans ce contexte constitue bel et bien un produit novateur.

 

Kirikino  : En effet, belle démonstration. Tu serais donc avec ton projet d'hydromel, ce que la Pils est à la bière.

 

Jean  : Si cela pouvait. Non je n'ai pas cette prétention, mais j'y travaille à mon niveau, modestement…

 
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Jeudi 19 juillet 2007

Kirikino : La détection d’une ou plusieurs opportunités constitue sans aucun doute une étape décisive, mais tu ne parles pas de techniques de créativité. Ne me dis pas que tu n’y as pas eu recours ?

Jean : Chacun d’entre nous a pu, au cours de ses études ou de sa carrière professionnelle, participer à des séances de brain-storming et en apprécier les résultats obtenus. Néanmoins, de telles techniques nécessitent la participation d’un groupe de personnes. Lorsque tu mènes ta barque tout seul, c’est moins évident : il te faut avoir recours à d’autres méthodes.

Kirikino : Soit ! Mais lesquelles ?

Jean : Eh bien, le concassage par exemple.

Kirikino : Kezako le « concassage » ? Tu ne vas pas me dire que tu passes l’info au pilon ?

Jean : En quelque sorte, oui ! Je ne suis pas un spécialiste, donc je te livre une définition sans aucun doute édulcorée : il s’agit d’utiliser des verbes d’action susceptible de libérer ton imagination par rapport au projet.

Kirikino : Tu m’en diras tant ! Tu n’aurais pas un exemple à nous fournir, car je l’avoue, je me sens bête tout à coup, ce qui pour un petit animal fin et sensible est un comble, tu l’avoueras.

Jean : Prenons le cas de mon hydromel. Je vais donc rechercher des idées à partir de verbes d’action comme augmenter, diminuer, combiner, modifier, sensibiliser, inverser, modifier…

Kirikino : Oui mais encore.

Jean : Attends, ne sois pas impatient, j’y viens.
Prenons le verbe augmenter. Partons du constat suivant : le marché de l’hydromel actuel est un marché peau de chagrin, régionalisé. Auquel cas nous envisagerons les moyens de l’étendre, de l’externaliser, de le développer…
Un autre exemple, le verbe sensibiliser : on s’attachera à rendre le produit plus excitant pour les sens, en jouant sur la couleur, ou l’emballage en ce qui concerne la vue, sur la perception olfactive (l’odorat), gustative…

Kirikino : Ok, je saisis. En effet tu peux exercer cette technique seul, mais quel travail d’apothicaire !

Jean : Sans doute ! Saches qu’a une certaine époque, la préparation de l’hydromel leur était dévolue.

Kirikino : Ah oui ?

 

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Mardi 17 juillet 2007

Kirikino : Saisir, détecter une opportunité constitue un préalable à l’évolution d’un projet de création d’entreprise. Tu as évoqué au cours d’un de nos entretiens, que cela passait par une ouverture d’esprit, un état de veille permanente. Pourrais-tu développer ces propos ?

Jean : Pardon, je crois avoir employé le mot « éveil », et non celui de « veille », quoique l’application du second soit indispensable pour la suite des événements. Cette notion d’éveil, à laquelle je fais allusion, correspond à mon sens, à une sortie volontaire d’un état de somnolence dans lequel tu te trouves plongé au quotidien. Cet état d’éveil doit te permettre d’assister à l’apparition d’un jour nouveau dans un cadre aux contours familiers.

Kirikino : Allumons les baguettes d’encens, les amis, notre conversation prend ce jour une dimension spirituelle…

Jean : Ha, Ha, Ha. Très bon, mais loin de moi cette idée. Mes expressions sont sûrement maladroites. Envisageons le recours à cette image : imaginons que tu absorbes un cocktail composé d’un zeste d’esprit critique, de trois onces de curiosité intellectuelle et d’un soupçon d’ouverture d’esprit. Je t’assure que tu vois les choses différemment !

Kirikino : Wouah ! Et tu trouves cela dans le commerce, ou bien s’agit-il tout simplement de ta recette d’hydromel ? Tu m’en feras livrer trois caisses.

Jean : Ha, Ha, Ha. Aujourd’hui, cela risque d’être difficile, je le pressens !
Au risque de paraître ridicule, je vais tout de même continuer. L’esprit critique va te permettre de décortiquer les choses, de sortir des schémas intellectuels habituels…La curiosité intellectuelle prend le relais pour analyser et comprendre, mais également anticiper sur les évolutions possibles. Enfin, selon l’ouverture d’esprit dont tu feras preuve, tu seras en mesure d’accepter ou non les apports extérieurs en général, les pratiques des autres… que sais-je encore ?

Kirikino : Mazette ! Et tu as suivi tous ces préceptes ?

Jean : Tout au moins, je me suis efforcé à le faire. Quant aux résultats, l’avenir dira si j’ai suivi la recette à la lettre.

Kirikino : Pour cela, tu as mis en place certains outils…

Jean : Oui. Et Internet facilite grandement les choses. Il est plus facile aujourd’hui qu’hier, d’obtenir une information ciblée sur tel ou tel secteur d’activité, sur l’évolution des tendances, sur l’émergence de nouveaux produits, de nouvelles pratiques de consommation, ne serait-ce par exemple, qu’en ciblant certains mots clés pour définir des alertes qui te parviendront automatiquement chaque jour sur ton ordinateur. Par contre le temps requis, la sélection de l’information en fonction de sa pertinence, son analyse, tout cet ensemble de dispositions complique tout de même les choses.

Kirikino : Impressionné, je suis impressionné…

 

  
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