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Unaï dût faire un long détour par les crêtes escarpées
de la forêt. Il crut même à plusieurs reprises s’être perdu. Enfin, il retrouva ses mules et ses chevaux qui paissaient, tranquilles, dans la clairière où il avait établi son campement de
fortune.
Il s’accorda une petite collation, dans un état de surexcitation qui lui était inhabituel.
Unaî ne savait pas encore qu’il tombait en amour : ce trouble temporaire, si particulier chez vous les hommes, susceptible de vous procurer les plus grandes joies, comme de vous apporter les
plus grands tourments…
Il passa ses mules et ses chevaux en revue. Un grand sourire imbécile lui fendait la bouche, découvrant ses belles dents blanches, bien alignées, qui contrastaient avec son teint terne, si
terne.
Il se saisit de ses haches qu’il entreprit d’affûter sur une meule de pierre. Mais aujourd’hui, il n’avait pas le cœur à l’ouvrage. Ces pensées le ramenaient sans cesse à la vasque, à la belle…
la « Belle des bois ».
C’est ainsi qu’il la nomma.
Remarques au passage la banalité du nom : « Belle des Bois ». Notes également que j’ajoute des B majuscules histoire d’y donner un peu de relief. Que veux-tu, il aurait pu se fendre de prénoms
plus délicats comme : Ondine, Ureder Anderea, que sais-je encore ! Mais je m’égare, nous ne sommes pas là pour en juger… Reprenons plutôt le fil de ce récit .
(…) Ces pensées le ramenaient sans cesse à la vasque, à la Belle des Bois.
La meule de bois, terminée la veille, attendait sagement qu’il y mît le feu.
En temps normal, Unai aurait démarré sa journée par ce geste, de peur qu’une pluie ne vienne endommager la couche de terre qui la recouvrait.
Mais la Belle des Bois occupait tout l’écran de son monde intérieur.
Il choisit parmi le fatras de son outillage une hachette bien équilibrée et bien affûtée. Il la recouvrit d’un étui en cuir, se l’attacha à la ceinture. Puis tout guilleret, il courut en
direction du torrent qui grondait toujours, en contrebas.
Il entra dans les eaux fraîches et se laissa porter par le courant…
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