Mercredi 19 décembre 2007

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lettrine-D2.jpgDurant ce temps, la population s’accroissait, colonisait de nouveaux espaces.
Bien que l’élevage ovin prît davantage d’importance, ne serait-ce que pour assurer les besoins vestimentaires, la pêche du saumon demeurait encore et toujours la ressource principale du pays.
On s’accommodait des hauts, comme des bas, des périodes fastes, comme des périodes de « vaches maigres ». Dans l’ensemble, au dire des gens, la vie était plutôt facile, et l’on se remettait vite des quelques épreuves et dégâts suite à une crue importante ou à l’opposé, à une période de sécheresse passagère.

La douzième génération marqua la fin du cycle. Les hommes comprirent alors la notion de « grand chambardement », vous vous souvenez des paroles échangées entre Unaï et le hérisson au début de notre histoire, n’est-ce pas ?


par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Mardi 18 décembre 2007


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Les cinq enfants de Laïda et Unaï, parvenus à l’âge adulte, quittèrent le foyer parental, ce qui me direz-vous est dans l’ordre des choses.
Piarre partit vers l’Est, Maïder vers le Sud, Joana vers le Nord et Iker vers l’Ouest. Naîa demeura au pays.

Ces enfants et les enfants de leurs enfants étaient détenteurs de ces talents merveilleux, auxquels ont recours les artistes, car eux seuls possèdent le détachement nécessaire à l’accomplissement de leurs inspirations. Par l’exercice de leurs arts, ils communiquaient aux autres hommes le chant du monde.

La légende dit qu’il se trouva toujours un hérisson pour conseiller un et un seul des enfants par génération. « Ceux du saumon » le désignaient entre eux par l’expression « Hautatuena » : « celui qui a été choisi ».

Enfin lorsque je dis « un et un seul enfant », j’omets l’exception qui confirme la règle. À la sixième génération, la légende rapporte le cas de Gotzon et Gorka, des jumeaux, auxquels s’adressèrent un couple de hérisson. Certains associent ce phénomène avec l’incroyable période de prospérité que connut le pays durant trente-six ans. Le décès accidentel de Gotzon marqua la fin de cette période.
Tant et si bien que seule la lignée de Gorka conserva le flambeau, si je puis m’exprimer ainsi.

par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Lundi 17 décembre 2007

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Parvenue aux abords de la vasque, la famille se gava de framboises et de myrtilles.
Puis Piarre, l’aîné des enfants entraîna ses frères et sœurs pour un bain délicieux dans l’eau turquoise.
La nuit tombait et la pleine lune prenait le relais. Les enfants avertis par je ne sais quel sens prémonitoire sortirent de l’eau et rejoignirent leurs parents.
Il régnait aux abords de la vasque une ambiance digne de celle des contes de fées qu’Unai contait à la famille, le soir, lorsque le feu crépitait. La description de cette luminosité particulière, le murmure de l’eau, le doux bourdonnement des insectes, le ballet des vers luisants…
La petite assistance comprit alors qu’entre le conte et la réalité, seule une frontière ténue séparait ces deux mondes. La famille s’installa alors dans une attente silencieuse.

Déjà, des cercles concentriques agitaient la vasque.
Unaî réveilla doucement Maïder qui somnolait. Le rituel se mettait en place : l’imposant saumon remontait à la surface sous les yeux ébahis des enfants. Le poisson fit un bond fantastique, déposa le peigne sur la roche plate, et se fendit d’un plongeon impeccable à faire pâmer d’envie un champion olympique.
Les enfants se retournaient vers Unaï excités, prêts aux commentaires, lorsque la musique retentit.
Comme par enchantement, Belle des Bois apparut alors, entourée de cinq autres jeunes femmes toutes aussi belles qu’elle. Belle des Bois se saisit du peigne et entreprit de se peigner. Les jeunes femmes sautèrent d’un bond léger sur les rochers avoisinants et entamèrent des chants polyphoniques d’une beauté à donner la chair de poule.

Unai en fut lui-même surpris. Tant et si bien, qu’il ne perçut pas de prime abord, le murmure du hérisson. Il s’apprêtait à saluer ce dernier, quand il se rendit compte que le hérisson ne s’adressait pas à lui, mais à Naïa, sa plus jeune fille. Une vague de bonheur, comme un flux d’or le traversa de la tête aux pieds. Sa famille « voyait avec le cœur », il n’en doutait pas, mais le hérisson avait élu Naïa.
 Naïa seule assurerait la continuité, c’était ainsi…

Sur le chemin du retour, les enfants commentèrent ce qu’ils avaient vu. Mais comme chacun avait une vision très personnelle, très rapidement l’échange s’enlisa, et chacun se sût détenteur d’une vérité unique, personnelle, qui guiderait son parcours de vie.
À dater de ce jour, il se nommèrent entre eux « Izokinenak », « ceux du saumon ». Ce qui faisait sourire les habitants de la vallée, car c’était bien la seule famille, à ne point vivre de la pêche du saumon, ni même à en consommer…
Et ce nom leur resta. Sans doute connais-tu parmi ton entourage, une personne qui répond à ce nom. Saches alors, qu’il est un des nombreux descendants des enfants d’Unaï.



 
par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Dimanche 16 décembre 2007


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 Les enfants de Unai et Laida grandissaient. Ils étaient tous robustes, habitués à la vie des bois, et manifestèrent très tôt un intérêt pour les choses artistiques. Curieusement, chacun d’entre eux développait à sa façon une espèce de don, qui pour la sculpture, la poésie, la musique… que sais-je encore ?
Si Laida s’abstint de tout commentaire quant aux déplacements de Unai les soirs de pleine lune, ce ne fut guère le cas des enfants. Ceux-ci s’interrogeaient sur le motif de ces absences mystérieuses. Ils ne tardèrent pas à presser leur père de nombreuses questions.
Unai parvint durant un certain temps à éluder les demandes, mais les questions se faisaient de plus en plus pressantes, et l’imagination fertile des enfants commençait à nourrir des propos rocambolesques qui commencèrent à l’alarmer.
NaÏa, la plus jeune lui proposa alors de l’accompagner. Unai eut beau évoquer un long voyage, il n’eut raison de la détermination de la gamine. Elle veillerait s’il le fallait, se cacherait, l’épierait, le suivrait à distance si besoin était…
Unai prit alors conscience qu’il lui faudrait tôt ou tard partager son secret, le transmettre…

À l’approche de la pleine lune, la famille se mit en marche.
L’été battait son plein, et les enfants se riaient des difficultés du chemin. Les cours d’eau que l’on traversait étaient l’occasion de baignades, de rires et d’éclaboussures.
Laida quelque peu inquiète au départ se laissait gagner par la bonne humeur que manifestaient les enfants, et très vite, s’abandonna à la joie de cette sortie impromptue.
Lorsqu’ils parvinrent aux abords des falaises, et qu’elle réalisa les acrobaties qu’il leur faudrait accomplir pour atteindre le lieu qu’Unai tout sourire désignait de son doigt, elle traversa un moment de panique.
Mais les enfants ne voyaient dans ces aménagements qu’un fantastique terrain de jeux. Les jambes flageolantes dans les passages difficiles, elle réussit toutefois à atteindre le bas de la falaise, rassurée par l’ingénieux système de contrepoids qui permettrait une ascension aisée au retour.


par Kirikino publié dans : Conte Lunaire de Kirikino
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Samedi 15 décembre 2007

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Oui ! Je sais ! Tu t’impatientes ! Je suis quelque peu longuet avec mes propos. Il te tarde de connaître la suite, voire peut-être, des détails sur la vasque, ne serait-ce que pour la localiser.
Patience !

L’histoire de Laîda et Unaï est des plus banales. Ils se rencontrent, s’aiment et ont de nombreux enfants.
Enfin nombreux ! La belle n’est plus toute jeune ; ils se contentent de cinq marmots.
Non, l’histoire ne se termine pas là. Comment font-ils connaissance ?
Petits curieux, cela ne vous regarde pas, c’est du ressort de la sphère privée comme l’on dit.
Vous insistez !
Dans ce cas, disons que les peintures d’Unaï agirent comme un aimant. Laïda perçut cela comme la plus belle déclaration d’amour au monde. Quant à Unai, il fut séduit par ses gestes empreints de douceur, par sa candeur.

Outre leur progéniture, de leur rencontre naquit un phénomène artistique. Laîda eut l’idée de tremper son fil dans les couleurs de Unai. Tous deux conçurent alors un projet de métier à tisser. Unai le construisit de ses mains, démontable vous l’imaginez, car il était hors de question d’abandonner cette vie semi-nomade. Laida tissa enfin des pièces de toiles aux motifs étranges et colorés que Unai suspendait au faîte des arbres.
Aux taches de couleurs s’ajoutaient les pièces de tissus. L’ambiance était féerique.
Ces lieux acquirent très vite une réputation insoupçonnée.
Certains disaient, que ces clairières ainsi décorées avaient des pouvoirs thérapeutiques, d’autres que ces endroits étaient protégés par les esprits de la forêt…
Rapidement, et au fur et à mesure que Unai et Laida déplaçaient leurs campements, à chaque solstice, ces lieux voyaient l’arrivée de nouveaux occupants. Des bergers s’installaient, et comme par magie, leurs troupeaux prospéraient.

Quant à Belle des Bois ? Unai lui fut toujours fidèle et sa descendance également, nous le verrons.
Deux à trois jours par mois, il quittait le foyer pour se rendre jusqu’à la vasque en grand secret.

Laïda redoutait ces nuits de pleine lune, car Unaï ne lui donnait aucune indication quant à sa destination, ni quant au motif de son départ.
Il revenait chaque fois porteur d’une fabuleuse énergie créatrice fort communicative.

  
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Vendredi 14 décembre 2007

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 Une veuve, qui répondait au nom de Laïda, occupait une petite borde en lisière des bois. Elle avait perdu son mari au cours d’une de ces crues soudaines.
Tandis qu’il travaillait à récupérer ses nasses à poissons, Koxe, son mari, fut emporté par le courant et se noya.
Laïda eut pu aisément intégrer un autre foyer, prêter la main aux activités de salage et du fumage du poisson, car la solidarité était quelque chose de sacré pour la communauté. Mais murée dans sa peine et son chagrin, elle préféra demeurer dans sa petite chaumière en compagnie d’un maigre troupeau de moutons, dont elle filait la laine. Elle acquit ainsi rapidement une bonne réputation de fileuse, et la vente du produit de son travail suffisait amplement à ses modestes besoins.

Deux ou trois ans après le drame, quelques rares prétendants se présentèrent à sa porte, mais elle les éconduisit gentiment ; elle ne se sentait pas disposée à se lancer dans une nouvelle aventure conjugale.
Alors, les jeunes gens l’oublièrent car la région ne manquait pas de jeunes cœurs à prendre.

A trente ans, Laîda n’était pas convenons en, une beauté, mais elle puisait son charme dans la douceur de son regard, dans la discrétion de sa présence.




 
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