Samedi 9 février 2008
Chez les pygmées Aka, certaines activités peuvent être réparties différemment selon les sexes : chasse et piégeage pour les hommes, récolte et cueillette pour les femmes.
Deux activités, de par leurs symboliques et leurs importances, mobilisent l’ensemble de la communauté Aka : la chasse à l’éléphant à la sagaie et la chasse du miel.
Kirikino : Nous avons évoqué les techniques rudimentaires des chasseurs-cueilleurs de miel. Il paraît évident que la récolte du miel dans des troncs d’arbres à plusieurs mètres de hauteur va nécessiter la collaboration de plusieurs personnes.
Jean : La collecte du miel sauvage constitue une chasse particulière qui n’est pas sans danger : risque de chute du grimpeur du fait de rupture de la ceinture de grimpage par exemple, ou bien suite à l’attaque des abeilles…
Kirikino : Ou encore la rencontre avec un serpent…
Jean : Mais une équipe de trois personnes peut mener à bien une telle entreprise avec une bonne répartition des tâches. Hormis un tison pour enfumer le nid d’abeille et une hache, la forêt pourvoit à tout l’équipement nécessaire qui sera fabriqué sur place pour les besoins de la tâche. Le chasseur part donc léger.
Kirikino : Auquel cas, comment se manifeste la mobilisation de l’ensemble du campement Aka ?
Jean : Cette mobilisation se traduit par le rituel (« bandi ») qui précède la chasse du miel.
Mo.Bandi est un rite annuel, lié à la récolte du miel, qui correspond à la floraison de l’arbre Mbas. Il se déroule avant la saison des pluies (mois de mai), donc pour les Aka, le début d’un nouveau cycle annuel.
Cette danse, menée sans tambours, comporte uniquement des chants. Hommes et femmes dansent en rond, en file et en chantant, scandant les temps et se frappant les cuisses d’une brassée de feuillages.
Cette danse reprend le lendemain. Le groupe se dirige en file indienne vers un arbre proche du campement dans lequel un homme grimpe et simule la récolte, tandis que les autres participants foulent aux pieds les branchages avec lesquels ils se sont flagellés. Une fois regagné le camp, les hommes au lever du soleil partent à la recherche des nids identifiés.
Kirikino : Ces brassées de feuilles symbolisent les charges de malveillance qui pourraient nuire au succès de la récolte.
Jean : Oui. De même, la flagellation a pour but de chasser les influences néfastes. La chasse au miel constitue une activité forestière et ne peut se dérouler dans le concours des esprits de la forêt. Toute la cérémonie est donc consacrée aux Manes. Au cours de cette séance de purification collective, les forces malfaisantes quittent le corps des hommes pour le feuillage.
Kirikino : Tiens, n’avons-nous pas envisagé ces divinités dans l’hydromel, boisson des fées.
Jean : En effet, nous retrouvons ici une composante qui nous est commune : Européens comme Aka, dans les rites et croyances liés au miel. Mais ce n’est pas la seule. Nous allons retrouver des similarités avec le symbolisme de la sexualité. Le rite Mo.bandi doit être envisagé comme la régénération périodique du monde.
Source et bibliographie :
Calendrier des Pygmées Baka du Cameroun- Joiris-1993
Encyclopédie des pygmées Aka / Volume II, Dictionnaire Ethnographique AKA-Français -De Simha Arom, Jacqueline M C Thomas, Serge Bahuchet, Alain Epelboin et Susanne Furnis -Collection Etudes africaines, 206 pages. Editions l'Harmattan (Octobre 2004) - -Publié 2005 -Peeters Publishers
Les chasseurs-cueilleurs de RCA et du Cameroun - Serge BAHUCHET avec la collaboration de Daou JOIRIS – Rapport APFT -1995
par Kirikino
publié dans :
Des abeilles et des hommes
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