Samedi 9 février 2008

Chez les pygmées Aka, certaines activités peuvent être réparties différemment selon les sexes : chasse et piégeage pour les hommes, récolte et cueillette pour les femmes.
Deux activités, de par leurs symboliques et leurs importances, mobilisent l’ensemble de la communauté Aka : la chasse à l’éléphant à la sagaie et la chasse du miel.

Kirikino : Nous avons évoqué les techniques rudimentaires des chasseurs-cueilleurs de miel. Il paraît évident que  la récolte du miel dans des troncs d’arbres à plusieurs mètres de hauteur va nécessiter la collaboration de plusieurs personnes.

Jean : La collecte du miel sauvage constitue une chasse particulière qui n’est pas sans danger : risque de chute du grimpeur du fait de rupture de la ceinture de grimpage par exemple, ou bien suite à l’attaque des abeilles…
 
Kirikino : Ou encore la rencontre avec un serpent…

Jean : Mais une équipe de trois personnes peut mener à bien une telle entreprise avec une bonne répartition des tâches. Hormis un tison pour enfumer le nid d’abeille et une hache, la forêt pourvoit à tout l’équipement nécessaire qui sera fabriqué sur place pour les besoins de la tâche. Le chasseur part donc léger.

Kirikino : Auquel cas, comment se manifeste la mobilisation de l’ensemble du campement Aka ?

Jean : Cette mobilisation se traduit par le rituel (« bandi ») qui précède la chasse du miel.
Mo.Bandi est un rite annuel, lié à la récolte du miel, qui correspond à la floraison de l’arbre Mbas. Il se déroule avant la saison des pluies (mois de mai), donc pour les Aka, le début d’un nouveau cycle annuel.
Cette danse, menée sans tambours, comporte uniquement des chants. Hommes et femmes dansent en rond, en file et en chantant, scandant les temps et se frappant les cuisses d’une brassée de feuillages.
Cette danse reprend le lendemain. Le groupe se dirige en file indienne vers un arbre proche du campement dans lequel un homme grimpe et simule la récolte, tandis que les autres participants foulent aux pieds les branchages avec lesquels ils se sont flagellés. Une fois regagné le camp, les hommes au lever du soleil partent à la recherche des nids identifiés.

Kirikino : Ces brassées de feuilles symbolisent les charges de malveillance qui pourraient nuire au succès de la récolte.

Jean : Oui. De même, la flagellation a pour but de chasser les influences néfastes. La chasse au miel constitue une activité forestière et ne peut se dérouler dans le concours des esprits de la forêt. Toute la cérémonie est donc consacrée aux Manes. Au cours de cette séance de purification collective, les forces malfaisantes quittent le corps des hommes pour le feuillage.

Kirikino : Tiens, n’avons-nous pas envisagé ces divinités dans l’hydromel, boisson des fées.

Jean : En effet, nous retrouvons ici une composante qui nous est commune : Européens comme Aka, dans les rites et croyances liés au miel. Mais ce n’est pas la seule. Nous allons retrouver des similarités avec le symbolisme de la sexualité. Le rite Mo.bandi doit être envisagé comme la régénération périodique du monde.


Source et bibliographie :
Calendrier des Pygmées Baka du Cameroun- Joiris-1993

Encyclopédie des pygmées Aka / Volume II, Dictionnaire Ethnographique AKA-Français -De Simha Arom, Jacqueline M C Thomas, Serge Bahuchet, Alain Epelboin et Susanne Furnis -Collection Etudes africaines, 206 pages. Editions l'Harmattan (Octobre 2004) - -Publié 2005  -Peeters Publishers

Les chasseurs-cueilleurs de RCA et du Cameroun - Serge BAHUCHET avec la collaboration de Daou JOIRIS – Rapport APFT -1995

par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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Mercredi 6 février 2008

La chasse du miel chez les Pygmées Aka nécessite une connaissance naturaliste imposante : entomologie, cycles des saisons, reconnaissance des végétaux à l’origine des miels butinés…

Kirikino : En forêt équatoriale, de nombreux insectes sociaux produisent des « miels » différents.
Parmi les principales espèces auxquelles s’intéressent les chasseurs de miel Aka, on trouve les abeilles sans dard : Trigone ou Mélipones et les abeilles de l’espèce Apis (Apis Mellifica Adansonii)

Jean : Selon l’espèce, l’organisation de la collecte du miel, et sa saisonnalité sera distincte.
Dans le cas des miels issus des espèces Trigones (Trigona Lendiana, Trigona Occidentalis, Trigona Braunsi), les quantités récoltées sont trop faibles pour envisager un brassin d’hydromel. En conséquence, ces produits sont consommés en l’état, un peu comme une gourmandise, au fur et à mesure de leurs localisations et ce pratiquement toute l’année.
Certains miels de trigone ( Trigona Erythra Interposita), sont considérés de mauvaises qualités : ne pouvant fermenter, ils sont inutilisables pour la fabrication d’hydromel, et leur consommation peut engendrer des coliques.
Seuls les miels issus des espèces : Apis Melifica Adansoni, Meliponula Bocandei et Trigona Richardsi, produisent du miel de qualité en quantité suffisamment importante pour envisager une production d’hydromel. Ces espèces (et principalement Apis Melifica Adansonii) vont donc représenter les abeilles qui feront l’objet d’une surveillance – détection à l’heure de la chasse du miel

Kirikino : Pour compliquer le tout, selon les arbres butinés par les abeilles, les miels récoltés seront plus ou moins comestibles, voire toxiques dans certains cas (vomissements, nausées…)

Jean : Le chasseur Aka se doit donc d’envisager une forme d’expertise avant de récolter son miel. Ceci impose une grande connaissance de la flore et de la saisonnalité des floraisons.

Kirikino : Avant de récolter, le chasseur Aka va donc pratiquer le repérage des essaims. Une activité qui débute avec la saison sèche et durant les premières pluies (de novembre à juin).

Jean : Et afin de retrouver les nids quand le miel sera « mûr », les abords des colonies sont aménagés et marqués, comme un gigantesque jeu de piste dans le dédale de la forêt équatoriale.

Kirikino : Mais avant de récolter, les pygmées Aka vont exécuter leur seul rite calendaire : Mo.bandi

Source et bibliographie
Se Nourrir en Forêt Claire Africaine -Approche écologique et Nutritionnelle – François Malaisse – Les Presses Agronomiques de Gembloux - 1997

Encyclopédie des pygmées Aka / Volume II, Dictionnaire Ethnographique AKA-Français -De Simha Arom, Jacqueline M C Thomas, Serge Bahuchet, Alain Epelboin et Susanne Furnis -Collection Etudes africaines, 206 pages. Editions l'Harmattan (Octobre 2004) - -Publié 2005  -Peeters Publishers

par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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Mercredi 23 janvier 2008

La lecture de ce billet sur le blog de kirikino  possible grâce à une modélisation de la programmation des serveurs informatiques inspirée de la danse des abeilles ?

Kirikino : Décidément la vie d’une colonie d’abeilles constitue une source d’inspiration infinie pour les chercheurs contemporains.
Un laboratoire américain vient d’imaginer une nouvelle technique susceptible de décupler les capacités des serveurs Internet .
Grâce à quoi : je vous le donne en mille !
Tout simplement grâce à l’observation du système de communication des abeilles.

Jean : Tout simplement ! Tu vas vite en besogne Kirikino !  Le programme a dû demander une somme de travail considérable, et une suite d’algorithmes impressionnants
Craig Tovez est professeur au Georgia Institute of Technology. Il travaille sur un programme de recherche ayant pour objet un système de modélisation mathématique susceptible d’éviter les phénomènes de saturation des différents serveurs Internet.
Il lui a fallu étudier les abeilles pendant des années avant de trouver la bonne application.

Kirikino : Le postulat de base démarre donc du constat qu’il existe une certaine homologie entre un serveur Internet et une colonie d’abeilles.
C’est un peu tiré par les cheveux, non ?

Jean : Le constat de base sur lequel s’appuie Craig est le suivant : une colonie d’abeilles qui vivrait dans le Nord de l’Europe par exemple, dispose de seulement une période de trois mois, pour trouver et accumuler les réserves nécessaires à la survie de la colonie.
Toutefois la disponibilité du nectar est imprévisible, et l'échelle de fluctuation de la rareté à l'abondance des ressources est inconnue. La disponibilité et la qualité de nectar varient d’heure en heure, de jour en  jour en fonction d’éléments comme les conditions du microclimat, la position du soleil, le cycle floral et son exploitation…
Il n’est pas rare que le taux de consommation de nectar d’une colonie varie dans un rapport de cent pour un au cours de la même journée.
Il appartient donc aux abeilles de gérer ces pics de consommation imprévus, ainsi que de faire face à un problème d’affectation des ressources. Elles disposent pour cela d’un système de communication communément dénommé « danse des abeilles ». Ce système leur permet de se déplacer rapidement et sans difficulté, de délaisser une source de nectar au profit d’une autre source plus prometteuse ou plus abondante.  Et cela à partir d’informations glanées à la dernière minute.

Kirikino : Craig et son collègue Sunil Nakrani, spécialiste des sciences informatiques de l’University of Oxford, décident de transposer le modèle de la danse des abeilles aux serveurs Internet inactifs.

Jean : Ces serveurs, bien qu’optimisés pour des « conditions d’exploitations normales », connaissent fréquemment des « pics de demande » critiques. Pour pallier les problèmes, ils se sont donc inspirés de la colonie d’abeilles en créant une « salle de danse virtuelle » afin que les serveurs disponibles dégagent de la puissance de traitement des requêtes d’information au profit des serveurs engorgés.

Kirikino : Et cela se traduit par un surcroît d’efficacité du service qui peut varier de 4 à 25 %.
Bel exemple de biomimétique, n’est-ce pas ?

Bibliographie :
From honeybees to Internet servers : biomimicry for distributed management of Internet hosting centers / Sunil Nakrani and Craig Tovey / IOP PUBLISHING/2007


par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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Mercredi 16 janvier 2008

Ou comment les arts rupestres, et notamment la représentation  des nids d’abeilles témoigneraient d’expériences chamaniques !

Jean : Dans notre billet intitulé : « L’homme chasseur-cueilleur de miel dés le néolithique » nous avons évoqué des peintures rupestres représentant des nids d’abeilles ou encore des pratiques de récoltes de miel sauvage.
Nous aimerions revenir sur la nature de ces représentations et développer pourquoi pas, une grille de lecture sous un angle différent.

Kirikino : Il serait sans doute souhaitable de présenter brièvement les différentes théories d’explication de l’art préhistorique.

Jean : Oui, tu as raison. J’ai en ai répertorié quatre :
  • - L’art pour l’art ou la recherche du beau, théorie de la fin du XIX° siècle, quelque peu battue en brèche ;
  • - Totémisme et chasse magique : théorie de l’abbé Breuil, mais cette théorie tombe également en désuétude à partir des années 1970
  • - Le structuralisme : théorie qui vise à démontrer qu’il existerait une structuration de la grotte dans son ensemble
  • - Et enfin le chamanisme, théorie remise au goût du jour par J. Clothes et D. Lewis Williams, qui vient secouer le « cocotier des connaissances préhistoriques »

Kirikino : Lewis Williams et Dowson appuient cette théorie en confrontant le fonctionnement du système  nerveux humain dans des états d’altération de la conscience à l’art shamanique connu des San ou Bushmen d’Afrique du Sud.

Jean : La recherche neuro-pshycologique avance un modèle des états d’altérations de la conscience qui comprendrait trois phases d’expériences de transe et sept principes qui opèrent sur l’imagerie mentale de ces trois phases.

Kirikino : Bien cela devient compliqué !

Jean : Pas tant que cela !
Au cours de la première phase de transe, les sujets font l’expérience de percepts lumineux et géométriques qui sont indépendants de la lumière venant d’une source externe (dénommés « phénomènes entoptiques »). Ces phénomènes visuels prennent des formes géométriques telles que grilles, zigzag, point, spirale, courbes catenaires (nids d’abeilles).

Kirikino : Les auteurs décrivent ces percepts visuels comme pouvant être provoqués par des moyens variés : stimulation intermittente lumineuse (le feu par exemple à la préhistoire) mais également l’ingestion de drogues psychoactives, la fatigue, la déprivation sensorielle, la concentration intense, une surcharge auditive, la schizophrénie, l’hyperventilation et mouvement rythmique…

Jean : C’est bien cela !
Au cours de la seconde phase, l’esprit des sujets chercherait à rationaliser ces phosphènes, avant de construire les hallucinations proprement dites.
Puis au cours de la troisième phase des changements marqués surviennent dans l’imagerie. Le plus souvent ils se manifestent par un tourbillon ou tunnel rotatif.

Kirikino : Entendu pour les trois phases de la transe. Mais tu as également évoqué 7 principes.

Jean : Ces sept principes sont les suivants : reproduction, fragmentation, intégration, superposition, juxtaposition, reduplication et rotation.

Kirikino : Quel rapport avec la transe du chamane et les nids d’abeilles.

Jean : Ecoutes plutôt la réponse qu’en donne Lewis Williams : « Dans la nature sauvage, les rayons de miel prennent souvent la forme de courbes catenaires emboitées, et les abeilles qui accompagnent de nombreux exemples peints de ce genre de courbes suggèrent qu’un shaman a interprété la vision entoptique comme un rayon de miel. Ceci vient de ce que les abeilles sont pour les San un symbole potentiel de la puissance surnaturelle que les shamans maîtrisent pour entrer en transe. Cette interprétation de courbes catenaires était aussi contrôlée par les croyances concernant l’exécution de la transe et était probablement encouragée aussi par un bourdonnement d’abeilles vécu expérimentalement dans certains états d’altération ».

Kirikino : Auquel cas, ces peintures rupestres constitueraient selon ces deux auteurs la représentation graphique d’expériences et visions chamaniques.

Jean : C’est en effet ce que propose la théorie chamaniste.
Une théorie qui n’est guère partagée par la communauté du courant structuraliste, à l’origine d’une réaction assez violente de la part d’ethnologues et de certains préhistoriens*

Kirikino : Ce débat mis à part, tu conviendras avec moi que la coïncidence est étrange, n’est-ce pas ?
N’avons-nous pas également évoqué la perspective chamanique dans le cas de l’Hydromel Poétique ?

Sources et bibliographie :
Articles :
ART RUPESTRE SAN ET PALEOLITHIQUE SUPERIEUR LE LIEN ANALOGIQUE par J. David LEWIS-WILLIAMS*  et Thomas A. DOWSON
L'art rupestre et le chamanisme Jean Clottes
Chamanes et Martiens: même combat! Les lectures chamaniques des arts rupestres du Sahara Jean-Loïc Le Quellec
Ouvrages :
*Chamanismes et arts préhistoriques - vision critique
Sous la dir. de M. Lorblanchet, J.-L. Le Quellec, Paul G. Bahn, H.-P. Francfort, B. et G. Delluc / Editions Errance.

 

par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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Samedi 10 novembre 2007

DSC03776.JPGBien vite l’homme va réaliser qu’il est plus commode de capturer des essaims que de pratiquer l’activité somme toute aléatoire de chasseur de miel.

Il devient alors chasseur d’essaim et entreprend de « domestiquer » l’abeille sauvage




Essaim d'abeilles sauvages dans un épicéa
Photo : Antton Irubetagoyena



Kirikino : Peut-on affirmer que le processus de capture des essaims commence avec les débuts de la sédentarisation.

Jean : Le phénomène est sans aucun doute lié, mais l’approche n’est pas aussi définitive que tu le laisses entendre. Certaines populations nomades capturent des essaims et « transhument » avec leurs ruches.
Donc, à mon avis, la sédentarisation n’est pas le facteur déterminant susceptible d’expliquer le phénomène.
J’opterai plutôt pour un processus de rationalisation.
La chasse au miel, suppose un repérage de la colonie, puis une destruction partielle ou totale de celle-ci pour s’approprier son miel. Cela implique également l’année suivante, la surveillance de nouvelles zones, voire des déplacements plus importants pour une récolte somme toute hypothétique.

Kirikino : Donc très tôt l’homme a réalisé qu’il avait tout intérêt à s’approprier la colonie, ou tout au moins à la garder à ses côtés.

Jean : Très juste. Le plus simple est donc de capturer un essaim sauvage lors de l’essaimage et de le loger dans une ruche rudimentaire confectionnée de paille, torchis ou de poterie, ou encore aujourd’hui de l’implanter dans une ruche moderne à cadres.
C’est d’ailleurs ainsi que nous avons démarré notre premier rucher, Michel et moi, en piégeant des essaims sauvages, ou échappés de ruches voisines…
Mais en Europe, jusqu’au Moyen Age, on se contentait de moyens encore plus radicaux. Une fois la colonie d’abeilles sauvages repérée dans la forêt, on envoyait une équipe de bûcherons chargés d’abattre l’arbre, de le débiter et de ramener une partie du tronc peuplé d’abeilles au village : les fameuses ruches-troncs composées le plus souvent d’une partie d’un tronc de chêne évidé.

Kirikino : Tu parles d’une aventure ! Imagine un peu : scier le tronc avec les outils dont ils disposaient, en convoyer une partie sur un char à bœuf jusqu’au village… L’exercice se devait d’être piquant…

Jean : Mais les gens de l’époque ne s’embarrassaient pas de détails. D’autant plus que les techniques apicoles étaient des plus rudimentaires. Une fois la ruche « grasse », c’est-à-dire pleine de miel, on asphyxiait mortellement la colonie, et l’on s’appropriait le butin de cire et de miel.

Kirikino : Ouais, mais c’est reculer pour mieux sauter. Si tu dois te décarcasser tout les ans pour ramener un tronc rempli d’abeilles au village, je ne vois pas ou se trouve l’intérêt.

Jean : En fait, il y a un ! Car, bien que la colonie de la ruche tronc soit décimée par l’homme, la ruche va se repeupler assez rapidement avec un nouvel essaim attiré par les phéromones déposées par la colonie précédente.
Je ne sais si les gens de l’époque avaient analysé le phénomène, mais ils avaient sûrement dû le remarquer.
Et compte tenu de l’importance des essaims sauvages, cela ne devait pas trop constituer un problème.
D’ailleurs aujourd’hui encore, quand nous désirons piéger un essaim dans une ruchette, nous recourons au même procédé : nous déposons à l’intérieur de la ruchette un cadre d’alvéoles ayant contenu du couvain.

Kirikino : C’est simple comme bonjour !

Jean : Presque !
Car il y a des gens encore aujourd’hui qui se donnent encore beaucoup de mal pour cela.
Je pense à ces apiculteurs Turcs des monts Kashkar, qui piégent les essaims sauvages au faîte des arbres.

Kirikino : Oui exact. Cette séquence vidéo est fabuleuse !

Jean : La chaîne du Kaçkar longe la mer Noire et ces images rapportées par Arnaud Blin et Philippe Lallet sont superbes.
Si vous avez dix minutes devant vous, je vous recommande de projeter la séquence vidéo suivante : apiculteurs alpiniste/1 et pour ceux qui ont été séduit, je leur propose de visualiser la suite (un petit complément de 2 minutes "apiculteurs alipinistes /2")

Kirikino : Une précision importante : ces gens capturent des essaims dans des ruches troncs, mais ne tuent pas les abeilles à l’heure de la récolte.

Jean : Exact ! J’aimerais bien un jour déguster ce miel de Karakovan…
Bon sang ! Que ne faut-il pas faire pour protéger ses ruches de la voracité de l’ours…



 
par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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Dimanche 4 novembre 2007

Aujourd’hui encore des hommes pratiquent la chasse-cueillette du miel. Les techniques héritées du Néolithique, n’ont à ce jour guère évoluées.

Kirikino : Nous avons vu que dés le néolithique, certains chasseurs-cueilleurs se sont spécialisés dans la récolte du miel sauvage. Or il semble bien que cette activité perdure dans de nombreuses régions du monde.

Jean : Le « miel sauvage » constitue toujours une manne pour de nombreux peuples de notre planète. Selon les régions, les techniques sont différentes.
Voilà ce que rapporte Claude Lévi-Strauss (citant Spegazzini ) dans son ouvrage « Du miel aux cendres » pour l’Amérique Latine :

 (…). En Argentine aussi, « la plus grande distraction » et le plus vif plaisir que connaisse le péon des campagnes consiste dans la collecte du miel. Pour avoir une quantité de miel qui tiendrait dans une cuiller, il est toujours prêt à travailler sur un arbre pendant une journée entière, souvent au risque de sa vie. Car on imagine pas les périls auxquels il s’expose dans les montagnes à cause du miel. Remarque-t’il sur un tronc un petit porche de cire ou une crevasse, il court chercher une hache pour abattre ou endommager un arbre superbe et d’essence précieuse »

Kirikino : Compte tenu du prix du miel et du salaire d’un péon, on n’a guère de mal à se représenter l’attrait d’une bonne récolte de miel pour celui-ci.

Jean : Mais la récolte passe par la localisation préalable du nid.
Et là encore, il existe de nombreuses techniques et de nombreuses variantes.
Citons à nouveau Lévi-Strauss :
Avant de partir pour la collecte du miel , les ashulay du Chaco se font saigner au-dessus des yeux afin d’accroître leur chance. Les anciens Abipones, (…) expliquaient jadis à Dobrizhoffer qu’ils s’épilaient soigneusement les cils afin que leur regard ne fût pas gêné pour suivre jusqu’à son nid le vol d’une abeille isolée (technique de repérage à vue)

Philippe Marchenay rapporte également les techniques suivantes chez les chasseurs de miel américains :

 (…) des chasseurs de miel américains, qui exposaient un rayon « provocateur » sur une tuile surélevée en ayant soin de l’entourer d’un cercle de peinture blanche. L’abeille traversait obligatoirement le cercle et la direction de son vol pouvait être suivie facilement ; en estimant le temps qu’elle mettait à revenir, on appréciait la distance de son nid.

Ou encore celle des aborigènes d’Australie :
En Australie, les indigènes, après avoir aspergé d’eau et capturé plusieurs abeilles, leur attachaient un fil de laine à la patte.

Enfin, rapportons toujours du même auteur, cette fantastique association homme et animal, motivés par cette même quête du miel :

En Afrique encore existe un témoignage extraordinaire d’association entre l’homme et le monde animal. Un oiseau friand de miel, qu’on appelle « l’oiseau indicateur » (Indicator Indicator S.), guide le chasseur jusqu’à un nid d’abeilles en voletant d’arbre en arbre et en l’attirant par des cris. Lorsque la récolte a été faite, l’oiseau profite des restes. Les chasseurs ont coutume de lui abandonner un rayon de miel ou de couvain en remerciement de son aide. Seul il ne pourrait pénétrer dans le tronc d’arbre ou s’est réfugiée la colonie.

Kirikino : N’allons pas imaginer avec ces différents témoignages que ces pratiques rudimentaires sont révolues.

Jean : Non du tout ! La chasse-cueillette du miel demeure toujours une activité fort prisée et source de revenus en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie essentiellement.
Une fois la colonie localisée, l’homme enfume le nid, se hisse jusqu’à l’entrée de vol, ou abat l’arbre pour en extraire les rayons chargés de miel et de couvains (Eh oui pour certains, les larves d'abeilles riches en acides aminés élémentaires représentent un véritable délice…)
C’est d’ailleurs une activité en Afrique, responsable parfois, d’un départ de feu de brousse.

En Malaisie, vit la plus grosse des abeilles (Apis dorsata) qui présente la particularité de bâtir un énorme rayon à même la branche des arbres « Koompassia excelsa » que les Malaisiens dénomment plus simplement du nom de Tualang, nom donné à l’abeille sauvage. Un seul de ces arbres peut abriter jusqu’à 100 colonies de cette abeille migratrice.
La récolte du miel, dans cette contrée, s’effectue la nuit, et Janet Durno dans son article « Le miel des sommets » raconte comment les chasseurs de miel se hissent jusqu’au sommet de l’arbre à plus de 30 mètres de haut munis d’une simple torche, pour recueillir le précieux nectar.
Ces cueilleurs de miel « croient en l’existence d’un contrat spirituel entre les abeilles et les hommes : les abeilles cèdent leur miel, mais les hommes doivent en laisser suffisamment pour la survie de l’essaim », une pratique écologique, oh combien louable…

Kirikino : Et que nous pourrions mettre en pratique sur bien des points.
Néanmoins, ces techniques, on le voit bien, restent fort rudimentaires.

Jean : En effet, ces techniques n’ont guère évolué.
J’ai assisté à de telles pratiques lors mes séjours en Afrique, avec des chasseurs Fang de Guinée-Équatoriale, ainsi  qu’avec des populations Pygmées au Cameroun.

Le lien vers ce petit extrait vidéo : « chasseur d’éternel »  que je vous propose ressemble en tous points, bien que tourné en Asie, aux scènes que j’ai vécues.

Source et bibliographie :
Claude Lévi-Strauss /Mythologiques ** /« Du miel aux cendres » /Editions Plon /1966
« L’homme et l’abeille » Philippe Marchenay  / Espace des Hommes / Berger-Levrault /1979
Le miel des forêts : une ressource Malaisienne / Janet Durno / Publication  : Le CRDI explore / Avril 1989

  
par Kirikino publié dans : Des abeilles et des hommes
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