Dans la mythologie Nordique, celui qui boit l’hydromel poétique acquiert le talent de poète.
Kirikino : Se pourrait-il que les hydromels Kirikino Ilargian confèrent au buveur un talent de poète ?
Jean : Permet-moi d’en douter !
Tu fais sûrement allusion à cet hydromel mythique que rapporte Snorri Sturluson.
Et bien, sache que nous ne suivons pas la même recette…
Kirikino : Bien heureusement car l’hydromel poétique de la mythologie Nordique est une boisson qui naît dans le sang.
Jean : Tu pourrais peut-être nous la narrer brièvement !
Kirikino : Une histoire bien sombre…
Tout commence avec l’apparition un peu déroutante par ailleurs de Kvasir.
Pour marquer une trêve dans une guerre qui oppose les Vanes aux Ases, les dieux crachent dans une cuve, et c’est ainsi que Kvasir naît.
Issu de la salive des dieux, il dispose d’un don exceptionnel : il n’y a pas de question à laquelle, il ne sache répondre. Ce don, nous le verrons, va causer sa perte…
Alors qu’il voyage de par le monde pour colporter son savoir, voilà qu’il tombe sur deux nains qui en grand secret le tuent.
Les nains ajoutent du miel au sang de Kvasir et confectionnent un breuvage qui transforme quiconque en boit en poète ou savant.
L’hydromel poétique vient de voir le jour.
Jean : Ces peuples Nordiques savaient vivre : ils élevaient le poète au rang de savant…
Kirikino : Attends ! L’histoire ne s’arrête pas là.
Les nains, questionnés par les dieux sur la disparition de Kvasir, annoncent pour masquer leurs forfaits, que Kvasir s’est étouffé dans son immense savoir, car assurément, personne n’est
suffisamment cultivé pour lui poser des questions.
Tu parles d’un argument !
Ces nains sont diaboliques et meurtriers dans l’âme.
Jean : Pense bien ! Sinon la saga n’en serait pas une …
Kirikino : Très vite, les deux nains commettent un nouveau forfait : ils assassinent un couple de géants.
De ce fait, l’hydromel poétique va changer de camp. Il va passer aux géants grâce à Suttung, fils du couple assassiné, qui coince les nains sur une île, et obtient d’eux le fameux breuvage.
Revenu chez les géants, Suttung confie la potion à sa fille Gunllöd.
Jean : Et Odin intervient et dérobe l’hydromel poétique aux géants, c’est cela ?
Kirikino : Ah ! Tu connais l’histoire ?
Jean : Non, continue, je t’en prie.
Kirikino : Entendu, je te passe les détails.
Odin pour voler l’hydromel se transforme en serpent.
Au passage, il prend du bon temps à trois reprises avec Gunllöd, nuits aux cours desquelles il ingurgite la totalité de la potion.
Vite fait, bien fait, il se carapate à tire d’ailes transformé en aigle.
Mais Suttung se rend compte du larcin, et métamorphosé à son tour en aigle, il se lance à la poursuite d’Odin.
Il talonne tellement ce dernier que les Ases, voyant arriver leur congénère Odin, sortent de toute urgence des récipients dans lesquels Odin régurgite la totalité du précieux liquide.
Enfin presque la totalité, car il largue une fiente pour dérouter l’aigle Suttung, et c’est ainsi que n’importe qui peut avoir accès à cette substance…
Par contre l’hydromel sera réservé au seul usage des Ases et aux hommes versés dans l’art poétique.
Jean : Heureusement que je t’avais recommandé de faire court…
Ainsi que le mentionne Mitchell, on retrouve comme point central de ce mythe, au même titre que l’ambroisie Grecque ou le soma Védique, l’absorption d’une boisson intoxicante, qui confère des
pouvoirs spéciaux au buveur.
Kirikino : Oui.
Enfin, ce que je retiens, moi, de cette analyse de Mitchell, c’est la vision de ce mythe comme une perspective shamanique dans laquelle Odin se changerait en serpent, boirait l’hydromel,
s’échapperait transformé en oiseau, régurgiterait le liquide sur la terre des hommes dieux, et ce, comme un oiseau qui donnerait la becquée à ses oisillons.
Jean : Et à l’inverse, le poète qui consommerait la boisson intoxicante régurgiterait métaphoriquement des œuvres poétiques à l’image même d’Odin régurgitant l’hydromel pour les
Ases…
Kirikino : Le poète serait donc dépositaire de la sagesse divine ?
Jean : Tout de même, ou cela nous mène de consommer de l’hydromel.
J’en boirai bien une petite lampée, moi, tu m’as donné soif avec tes histoires…
Bibliographie :
Performance and Norse Poetry:The Hydromel of Praise and the Effluvia of Scorn /The Albert Lord and Milman Parry Lecture for 2001 / Stephen A. Mitchell /
Harvard University
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