Le cortège funéraire parvenu à l’église, l’ordre et la disposition des participants obéissent à des pratiques strictes.
L’agencement de l’espace et notamment, ces nombreuses galeries dans les églises basques peuvent également surprendre le voyageur de passage. D’autant plus que ces éléments architecturaux sont fréquentés par les hommes tandis que les femmes s’installent dans la nef.
Rassurez-vous, il ne s’agit en aucun cas d’un comportement sexiste, bien au contraire.
Ces galeries, de constructions récentes, répondent à l’accroissement démographique des différentes paroisses à partir du XVII° siècle, mais respectent également la vocation primaire de l’occupation de l’espace au sein de l’église.
Il nous faut remonter bien loin, à une époque où les morts étaient enterrés dans l’enceinte même de l’église pour comprendre la place importante des femmes, et l’importance du lieu qu’elles occupent.
Si vous faites attention au sol de la nef, vous remarquerez différents pavements sculptés. Or chaque pavement ou « jarleku » correspond à une maison bien précise du village. Durant l’office, la maîtresse de maison (etxeko andere) occupe ainsi le jarleku de sa maison. L’assemblée des femmes à qui revient la
charge exclusive des rites funéraires, se répartit ainsi dans l’église, et les hommes occupent la partie arrière de la nef. Puis avec l’accroissement de la population, faute de place, gagnent les étages pour occuper les différentes galeries surplombant la nef.
Les petites flammes des ezkoak matérialisent les âmes des défunts.
Installées sur le prie-dieu de leur « jarleku » respectif, les femmes font brûler les «ezkoak» (cierges de cire filée d’abeille) sur la tombe, en mémoire des défunts. Elles veillent également sur les offrandes de nourriture, tout en participant à l’office.
Bernard Duhourcau rapporte d’un village de la province Basque de Soule, le témoigne suivant :
« (…) A chaque enterrement, il était d'usage de rassembler toutes les cires du village dans une grande corbeille que la gardienne des cires plaçait au pied du cercueil. Elle les allumait, les surveillait et les déroulait au fur à mesure qu'elles se consumaient. Les neuf jours suivants, elle allait, avec son panier d'eskouak, et accompagnée des femmes et des voisins de la maison du mort, à l'église, parfois au cimetière, pour réciter des prières.
Dans certains villages, ces rites devenaient une émouvante entraide en nature. La veille de l'enterrement, chaque femme se rendait à la maison du mort pour saluer la famille. Elle apportait une partie de son rouleau de cire qu'elle déposait sur la petite table à côté du rameau et de l'eau bénite. L'éclairage de la maison était ainsi assuré pendant toute la durée des veillées et des réunions consacrées au mort.
Chaque village de la Soule avait sa cirière, l'esko-egile, qui avec patience et attention filait les rouleaux de cire au moyen d'un appareil à filière primitif. »
Caro Baroja rapporte également sur ce même « jarleku », le rite suivant. Une semaine après les épousailles, la maîtresse de maison transmet à sa bru « la cire ordinaire, une miche de pain et un cierge ». Une fois ce rituel accompli, la charge des morts de la famille incombe désormais à la jeune épousée.
Surviennent des changements récents
Sous prétextes du bruit causé par les différents sièges et du manque de place, le clergé réussit à imposer la substitution récente des chaises par des bancs, venant mettre ainsi un terme à ces pratiques (et à ces réminiscences païennes…)
Bibliographie :
Guide des Pyrénées mystérieuses / Bernard Duhourcau / Editions Tchou /
Caro Baroja J., 1974. Estudios vascos IV : De la vida rural vasca, Vera de Bidasoa, Editorial Txertoa, San Sebastiàn, 2e édition.
Photo : Prie-Dieu et "ezkoak" (Cires rituelles de deuil) - Jean Irubetagoyena
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