Rien n’empêche quiconque d’écrire la totalité d’un haïku en minuscule. Toutefois, l’utilisation de la majuscule au début de chaque ligne permet à mon avis de bien marquer les césures.
Les premières publications d’anthologies de haïkus en français ont donné cours à de nombreuses polémiques tant sur la méthode de traduction que sur l’interprétation, ou encore sur la présentation (tiret ou points pour signifier la présence du kireji, respect du 5/7/5 ou, écriture sur une ou trois lignes…) On notera également des différences importantes quant à l’usage des majuscules : certains traducteurs utilisent la majuscule à chaque séquence, d’autres uniquement en tête du haïku.
Ainsi ce haïku de Bashô faisant référence au mot de saison « cigales » interprété par les trois traducteurs suivants :
Traduction de Roger Munier * :
Silence –
le cri des cigales
taraude les roches
Traduction de Philippe Jaccottet **:
Silence
Le cri des cigales
Creuse les rochers
Traduction de R.H Blyth *** :
The silence
The voice of the cidadas
Penetrate the rocks
L'emploi ou non de majuscule en début de ligne résulte donc d'un choix personnel
Dans la pratique, en l’absence de kireji, nous avons généralement recours à une écriture sur trois lignes, ou encore à l’usage (modéré) de la ponctuation pour bien marquer les pauses dans la lecture d’un haïku.
Le fait d’utiliser une majuscule en début de ligne permet donc de renforcer cet effet. Il en va de même, à mon avis, après un tiret qui serait placé au milieu de la seconde ligne.
Dans tous les cas j’en conviens, tous ces artifices ne remplaceront jamais le choix d’images et de mots percutants, ou évocateurs…
Sources et bibliographie :
* R. Munier / Haïku / Paris / Fayard/ 1978 / p. 91
** Ph. Jaccottet / Haïku /Montpellier / Fata Morgana / 1996 /section été
*** R.H Blyth / Haiku / in four volumes/ Tokyo / Editions Hokuseido / 1950-1952 / tome 3 / p. 229






