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Légende de l’été de la Saint Martin

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"Saint Martin partageant son manteau"
Anthony Van Dyck (1599-1641)
Image du domaine public
Source : Wikimedia commons

L’été de la Saint Martin correspond à une période de redoux généralement observée vers le 11 Novembre. La croyance populaire l’attribue à l’évêque Martin de Tours, qui, raconte la légende, partagea sa pelisse mais également sa gourde d’hydromel avec un  pauvre hère à demi-mort de froid.

Il existe plusieurs versions de cette légende de l’été de la Saint Martin. Certaines mentionnent parfois que Martin distribua également son argent au pauvre, d’autres son ravitaillement, mais toutes les versions auxquelles j’ai eu accès mentionnent le manteau de fourrure (élément le plus connu) mais aussi la gourde d’hydromel. C’est ce dernier point qui a attiré mon attention.

Sans envisager pour autant de nous appesantir sur la biographie du saint homme, nous savons qu’il est né en 316 dans la province Hongroise de Pannonie (alors Romaine) et qu’il était fil d’un tribun de l’empire Romain.  Le fait qu’à la même époque le christianisme soit en pleine expansion explique sans doute, qu’à peine âgé de 10 ans il ait exprimé son souhait de servir le Christ. Ceci irrite son père qui le force à s’engager dans l’armée Romaine, ou nous le retrouvons en 338 aux environs d’Amiens, lieux où naquit la légende. La présence d’hydromel dans sa gourde est donc insolite d’une part car elle cadre mal avec le statut du soldat et son origine (il eut été plus normal d’y trouver du vin), mais également avec cette nouvelle  religion que notre homme rêve d’embrasser. En effet, le christianisme s’appuie sur l’eucharistie dont le point culminant se résume dans l’action de grâce du partage du pain et du vin, symbolisant le corps et le sang du Christ. Quand on connait l’acharnement avec lequel l’église s’attacha à rompre tout lien avec le paganisme, voire en intégrant certaines des célébrations rituelles pratiquées par les peuples nouvellement christianises, on a du mal à saisir la permanence de la mention de l’hydromel dans le récit, boisson hautement associée aux pratiques païennes.
Mais laissons là ces considérations et faisons place à une des versions de la légende.


L’été de la Saint Martin

La matinée était triste et sombre, Saint Martin faisait une promenade à cheval, à travers la neige qui tourbillonnait en épais flocons. Il était engagé dans la profondeur d'une forêt, quand, tout à coup, du milieu de la neige, une forme humaine se dressa devant lui.

— Oui que tu sois, dit le soldat, parle, que me veux-tu ?

— J'ai faim, murmure un être chétif, à peine couvert de misérables haillons.

— Tu as faim ! prends et mange, dit le cavalier en détachant de la selle le lourd bissac. Tu as soif aussi, sans doute ! Bois une rasade de cet hydromel qui te réchauffera.

Le malheureux mangea et but avidement ; puis, au moment où le jeune soldat s'apprêtait à partir, il tendit derechef les mains vers lui, d'un air suppliant :

— Que me veux-tu encore ?

— J'ai froid.

Le voyageur regarda le pauvre, prit son manteau doublé de fourrures et, tirant sa courte épée, il fendit en deux le chaud vêlement et tendit au mendiant la plus large moitié.

— Tiens, dit-il, je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

A ce nom divin, la nature tressaillit, et les nuées grisâtres s'entrouvrirent brusquement pour faire place au plus radieux soleil qui ait jamais illuminé un jour d'été.

— Seigneur Dieu ! s'écria le soldat, est-ce un rêve ?

-— Martin, lui répond une voix qui semblait descendre du ciel, parce que lu t'es montré miséricordieux pour le dernier des miens, j'ai voulu te donner un avant-goût des joies du paradis : « Il y aura dans l'autre vie un printemps continuel pour ceux qui auront pris soin de mes pauvres ici-bas. »

Telle fut, dit la légende, l'origine de Vêlé, de la Saint-Martin. Donnons aux pauvres et le ciel sera pour nous toujours serein.

Légende extraite de la revue :
L'Orphelin. Organe des intérêts de l'Orphelinat du Petit-Saint-Jean-les-Amiens
Auteur : Orphelinat du Petit-Saint-Jean-les-Amiens
Éditeur : [s.n.?] (Petit-Saint-Jean-les-Amiens (Somme))
Date d'édition : 2° Version / Octobre 1907
Source : Gallica / B.N.F

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