Kirikino Anthologie du miel Maitreya (Poèmes antiques)- Leconte de Lisle

Maitreya (Poèmes antiques)- Leconte de Lisle

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Dans ce poème empreint d’orientalisme, Leconte de Lisle nous décrit la rencontre avec une illusion, sous la forme d’une apsara, ces nymphes de la mythologie Kmer indienne à l’incroyable beauté, et qui selon la légende émergent des eaux pour séduire les hommes : ceux qui les repoussent devenant fous, ceux qui acceptent gagnant l’immortalité.

Les apsaras sont souvent représentées sous la forme de musiciennes ou de danseuses. Leconte de Lisle dans son univers chimérique leur prête une voix d’abeille issue d’une bouche en forme de rose…

apsara-angkorvat
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Sculpture d'apsara au temple d'Angkor Vat
Image du domaine public
Source : Wikimedia Commons


Maitreya

J’étais jeune et jouais dans le vallon natal,
Au bord des bleus étangs et des lacs de cristal,
Où les poules nageaient, où cygnes et sarcelles
Faisaient étinceler les perles de leurs ailes ;
Dans les bois odorants, de lianes fleuris,
Où sur l’écorce d’or chantaient les colibris.
Et j’aperçus, semblable à l’aurore céleste,
L’Apsaras aux doux yeux, gracieuse et modeste,
Qui de loin s’avançait, foulant les gazons verts.
Ses pieds blancs résonnaient de mille anneaux couverts ;
Sa voix harmonieuse était comme l’abeille
Qui murmure et s’enivre à ta coupe vermeille,
Belle rose ! - Et l’amour ondulait dans son sein.
Les bengalis charmés, la suivant par essaim,
Allaient boire le miel de ses lèvres pourprées ;
Ses longs cheveux, pareils à des lueurs dorées,
Ruisselaient mollement sur son cou délicat ;
Et moi, j’étais baigné de leur divin éclat !
Le souffle frais des bois, de ses deux seins de neige
Écartait le tissu léger qui les protège ;
D’invisibles oiseaux chantaient pleins de douceur,
Et toute sa beauté rayonnait dans mon cœur !
Je n’ai pas su le nom de l’Apsaras rapide.
Que ses pieds étaient blancs sur le gazon humide !
Et j’ai suivi longtemps, sans l’atteindre jamais,
La jeune illusion qu’en mes beaux jours j’aimais.
Ô contemplation de l’essence des choses,
Efface de mon cœur ces pieds, ces lèvres roses,
Et ces tresses de flamme et ces yeux doux et noirs
Qui troublent le repos des austères devoirs.
Sous les figuiers divins, le lotus à cent feuilles,
Bienheureux Bhagavat, si jamais tu m’accueilles,
Puissé-je, libre enfin de ce désir amer,
M’ensevelir en toi comme on plonge à la mer.

 

Un poème de "l'anthologie du miel" de kirikino

 

 

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