Kirikino Anthologie du miel Tristia - Ossip Mandelstam

Tristia - Ossip Mandelstam

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Poète et essayiste Russe, Ossip Mandelstam (1891-1938) est l’un des membres principal du mouvement « acméiste » qui connaitra son heure de gloire dans les années 1910. Il rejette le symbolisme Russe, et dans son second recueil « Tristia » paru en 1923, il affirme la continuité du temps : la Grèce Antique est présente dans le monde actuel, mais il existe simultanément une contradiction profonde entre l’Heliade et la civilisation moderne. Ne nous étonnons pas donc que dans ce poème il soit question de tonneaux d’hydromel, quoique la boisson soit fort prisé dans la Russie de l’époque.

Ossip Mandelstam mourra dans le froid Sibérien, victime des purges staliniennes. Arrêté dans un premier temps en 1934 suite à une épigramme parue en 1933 contre Staline, il sera exilé à Tcherdyn, puis à Voronej jusqu’en 1937. En 1938, il sera à nouveau arrêté pour activités contre-révolutionnaires, condamné à cinq de travaux forcés ou il mourra de faim et de froid aux environ de Vladivostok. Son corps sera alors jeté à la fosse commune.
Son talent reconnu sur le plan international, il faudra attendre 1970 pour que ses œuvres soient publiées en Union Soviétique.

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« Bacchus et Cérès, nymphes et satyres »
Sebastien Bourdon (1616-1671)
Budapest, Magyar Szépmüvészeti Múzeum
Image du domaine public
Source : Wikimedia Commons



Un filet d’hydromel tout doré s’écoulait du goulot
Si épais et si lent que l’hôtesse eut le temps de nous dire :
Dans la triste Tauride où le sort nous jeta, notre lot
Nous épargne l’ennui – et jeta un regard en arrière.

Tout ici est voué à Bacchus : on dirait qu’alentour
Il n’y a que gardiens et que chiens, et sinon pas une ombre.
Lourds tonneaux vont paisibles roulant à la file des jours,
Et des voix qu’on entend de très loin sans comprendre ou répondre.

Le thé bu, le jardin brun foncé nous reçut en son sein.
Tels des cils aux fenêtres baissées sont les stores très sombres.
Près des blanches colonnes passant, nous allâmes louer les raisins
Où de verre aérien sont baignées les montagnes dormantes.

Et je dis que la vigne avait l’air d’un antique combat :
Dans un ordre crêpé, de crépus cavaliers en bataille –
En Tauride pétrée le savoir de l’Hellade, et voilà
Des hectares dorés les rangs plein de noblesse et de rouille.

Dans  la cambre aux murs blancs le silence se tient comme un rouet,
Une odeur de vinaigre, de vin, remontant du cellier, de peinture.
Souviens-toi : la maison chez les Grecs et l’épouse, de tous adorée,
Pas Hélène, mais l’autre et le temps que lui prit sa tenture.

Toison d’or, où es-tu, toison d’or ? Tout au long du parcours
A chanté sourdement autour d’eux le murmure des vagues
Et quittant son vaisseau fatigué aux travaux de la mer,
Odusseus s’en revint tout gorgé et de temps et d’espace.


Poème issu du recueil « Tristia »

(Traduction : Michel Aucouturier)

Source du poème :
Poésie Russe – Anthologie du XVIII° au XX° siècle présentée par Efim Etkind – Anthologies – La découverte / Maspero – Paris –1983.

Un poème de "l'anthologie du miel" de kirikino

 

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