Samedi 2 août 2008

  • Dans ce petit trésor des contes indiens de Pilpay, nous allons nous imprégner des enseignements du sage Sendebar.

  • En des temps forts anciens, un ermite se réfugia chez un roi. Le roi, magnanime, lui faisait parvenir des cuisines du palais, nourriture et boisson. L’ermite vivait chichement, mais, la bienveillance du roi assouvissait ses besoins élémentaires, et même au-delà, car il recevait à titre de boisson de l’hydromel.

  • Or l’hydromel n’est pas boisson quelconque, et son prix en ces temps reculés était des plus dispendieux.
  • Faisant ce constat, notre ermite se mit en tête de conserver l’hydromel dans un pichet au-dessus de sa tête, dans l’attente que le récipient fut plein. Comme il en recevait une ration quotidienne, la quantité d’hydromel s’accroissait ainsi tous les jours, sans plus d’effort.

  • Allongé sur sa natte, le pichet d’hydromel au-dessus de sa tête, les pensées de l’ermite se prirent à envisager un avenir radieux.

  • Le pot d’hydromel plein, il achèterait dix brebis, qui à leur tour mettraient bas agneaux et agnelles, ce qui porterait rapidement son troupeau à vingt têtes. Et les jeunes animaux se reproduiraient à leurs tours, ce qui, sans nul doute, ferait de lui en l’espace de quatre ans, le berger d’un troupeau de quatre cents bêtes.
  • A raison de quatre brebis contre un bœuf, il troquerait une partie de son troupeau pour un lopin de terre, des vaches… Et ces vaches bientôt mettraient bas qui d’un veau avec lequel plus tard il labourerait sa terre, qui d’une génisse, qui ne tarderait pas à produire du lait...
  • De sorte que cinq ans plus tard, grâce aux revenus de la vente de laine et de lait, il serait détenteur d’une grande fortune.

  • Un argent qu’il investirait dans une immense demeure, et sa prospérité serait telle, qu’il gagnerait le respect de ses voisins, de ses amis. Et tout le monde ferait état de sa bonne fortune…Et, et, il prendrait épouse. Oui, une épouse, mais de bonne naissance, qui lui donnerait un fils. Et ce fils grandirait, comblé, choyé, éduqué. Mais garde ! Que son fils s’oppose à sa volonté, et il lui donnerait du fouet.

  • Et notre ermite, le cœur et l’esprit à ses rêves, s’enflamme, et joins le geste à la parole. Ne voilà t’il pas que de sa main, il heurte le pichet qui se renverse et se brise.

  • Le précieux hydromel se répand alors sur sa tête.

  • Et Sendebar de terminer sur la morale suivante :
  • « Les hommes de bon sens qui mènent leurs affaires intelligemment arrivent à des résultats auxquels les impulsifs ne peuvent arriver. C’est pourquoi un homme prudent se doit d’être vigilant et d’éviter toute précipitation dommageable, afin de récolter les fruits de ces efforts et de la pureté de son cœur. »

  • Ne retrouve-t’on pas les bases d’une fable plus connue par les occidentaux : « Perrette et le pot au lait » de Jean de Lafontaine ?
  • Le texte que je vous présente ici a été réécrit pour les besoins du blog de Kirikino. Pour ceux que la traduction d’origine intéresse, vous pouvez retrouver le conte dans son intégralité en consultant l’ouvrage cité en « source et bibliographie ».

  • Source et bibliographie
  • Patrimoine Littéraire Européen / 7/  Etablissement des genres et retour du tragique 1515-1516 / Anthologie en langue française sous la direction de Jean-Claude Polet / De Boeck Université.
par Kirikino publié dans : contes de l'hydromel Kirikino
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