Les jours raccourcissaient, on sentait l’hiver en marche. Dans un flamboiement de couleurs rouille et or, les arbres abandonnaient leurs feuilles aux caprices des vents.
Les bons jours, le vent du sud offrait aux feuilles mortes des jeux aériens. Les feuilles dans une grande volute semblaient vouloir se visser dans le ciel. Puis le vent facétieux les entraînait dans des tourbillons circulaires à ras du sol…
Les mauvais jours, la pluie interrompait le voyage, plaquait les feuilles humides au sol. La bise remisait alors les dernières feuilles dans les vallons encaissés, dans les trous et les crevasses ainsi qu’aux abords des cours d’eau.
Les contacts avec le hérisson s’espacèrent pour cesser définitivement à l’approche de l’hiver. Gras et dodu, ce dernier aménagea un nid douillet, dans lequel il entreprit une longue hibernation à l’abri des sautes d’humeur du temps.
Unai demeura fidèle au poste. Il assistait seul aux phénomènes des nuits de pleines lunes. Il se concentrait sur les détails, essayait de relier ce qu’il voyait et ressentait aux enseignements du hérisson. Son abri de myrtilliers ayant perdu sa végétation, il opta pour une petite cavité rocheuse qui présentait également l’avantage de le protéger des vents.
De ce nouveau poste d’observation, il voyait les choses sous un autre angle.
Belle des Bois paraissait habitée par deux personnalités entremêlées. La première, rayonnante et lumineuse sautait aux yeux. La seconde, obscure et ténébreuse, se nourrissait de l’éclat de la précédente.
Unai remarqua que lorsqu’il distinguait plus clairement la face obscure de Belle des Bois, des changements de temps soudains intervenaient, avec une violence proportionnelle. Il pouvait s’agir de pluies diluviennes, suivies de crues impressionnantes, ou encore, d’importantes chutes de neige aussi impromptues qu’indésirées. Durant quelques jours, les éléments se déchaînaient, donnaient libre cours à leurs humeurs violentes et destructrices. Puis tout rentrait dans l’ordre. Sagement, un retour à l’équilibre inopiné, reprenait l’ordre des choses.
On mettait les dégâts sur le compte d’un écart polisson, d’une quelconque humeur passagère…
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