Ou comment les arts rupestres, et notamment la représentation des nids d’abeilles témoigneraient d’expériences chamaniques !
Jean : Dans notre billet intitulé : « L’homme chasseur-cueilleur de miel dés le néolithique » nous avons évoqué des peintures rupestres représentant des nids d’abeilles ou encore des pratiques de récoltes de miel sauvage.
Nous aimerions revenir sur la nature de ces représentations et développer pourquoi pas, une grille de lecture sous un angle différent.
Kirikino : Il serait sans doute souhaitable de présenter brièvement les différentes théories d’explication de l’art préhistorique.
Jean : Oui, tu as raison. J’ai en ai répertorié quatre :
- - L’art pour l’art ou la recherche du beau, théorie de la fin du XIX° siècle, quelque peu battue en brèche ;
- - Totémisme et chasse magique : théorie de l’abbé Breuil, mais cette théorie tombe également en désuétude à partir des années 1970
- - Le structuralisme : théorie qui vise à démontrer qu’il existerait une structuration de la grotte dans son ensemble
- - Et enfin le chamanisme, théorie remise au goût du jour par J. Clothes et D. Lewis Williams, qui vient secouer le « cocotier des connaissances préhistoriques »
Kirikino : Lewis Williams et Dowson appuient cette théorie en confrontant le fonctionnement du système nerveux humain dans des états d’altération de la conscience à l’art shamanique connu des San ou Bushmen d’Afrique du Sud.
Jean : La recherche neuro-pshycologique avance un modèle des états d’altérations de la conscience qui comprendrait trois phases d’expériences de transe et sept principes qui opèrent sur l’imagerie mentale de ces trois phases.
Kirikino : Bien cela devient compliqué !
Jean : Pas tant que cela !
Au cours de la première phase de transe, les sujets font l’expérience de percepts lumineux et géométriques qui sont indépendants de la lumière venant d’une source externe (dénommés « phénomènes entoptiques »). Ces phénomènes visuels prennent des formes géométriques telles que grilles, zigzag, point, spirale, courbes catenaires (nids d’abeilles).
Kirikino : Les auteurs décrivent ces percepts visuels comme pouvant être provoqués par des moyens variés : stimulation intermittente lumineuse (le feu par exemple à la préhistoire) mais également l’ingestion de drogues psychoactives, la fatigue, la déprivation sensorielle, la concentration intense, une surcharge auditive, la schizophrénie, l’hyperventilation et mouvement rythmique…
Jean : C’est bien cela !
Au cours de la seconde phase, l’esprit des sujets chercherait à rationaliser ces phosphènes, avant de construire les hallucinations proprement dites.
Puis au cours de la troisième phase des changements marqués surviennent dans l’imagerie. Le plus souvent ils se manifestent par un tourbillon ou tunnel rotatif.
Kirikino : Entendu pour les trois phases de la transe. Mais tu as également évoqué 7 principes.
Jean : Ces sept principes sont les suivants : reproduction, fragmentation, intégration, superposition, juxtaposition, reduplication et rotation.
Kirikino : Quel rapport avec la transe du chamane et les nids d’abeilles.
Jean : Ecoutes plutôt la réponse qu’en donne Lewis Williams : « Dans la nature sauvage, les rayons de miel prennent souvent la forme de courbes catenaires emboitées, et les abeilles qui accompagnent de nombreux exemples peints de ce genre de courbes suggèrent qu’un shaman a interprété la vision entoptique comme un rayon de miel. Ceci vient de ce que les abeilles sont pour les San un symbole potentiel de la puissance surnaturelle que les shamans maîtrisent pour entrer en transe. Cette interprétation de courbes catenaires était aussi contrôlée par les croyances concernant l’exécution de la transe et était probablement encouragée aussi par un bourdonnement d’abeilles vécu expérimentalement dans certains états d’altération ».
Kirikino : Auquel cas, ces peintures rupestres constitueraient selon ces deux auteurs la représentation graphique d’expériences et visions chamaniques.
Jean : C’est en effet ce que propose la théorie chamaniste.
Une théorie qui n’est guère partagée par la communauté du courant structuraliste, à l’origine d’une réaction assez violente de la part d’ethnologues et de certains préhistoriens*
Kirikino : Ce débat mis à part, tu conviendras avec moi que la coïncidence est étrange, n’est-ce pas ?
N’avons-nous pas également évoqué la perspective chamanique dans le cas de l’Hydromel Poétique ?
Sources et bibliographie :
Articles :
ART RUPESTRE SAN ET PALEOLITHIQUE SUPERIEUR LE LIEN ANALOGIQUE par J. David LEWIS-WILLIAMS* et Thomas A. DOWSON
L'art rupestre et le chamanisme Jean Clottes
Chamanes et Martiens: même combat! Les lectures chamaniques des arts rupestres du Sahara Jean-Loïc Le Quellec
Ouvrages :
*Chamanismes et arts préhistoriques - vision critique
Sous la dir. de M. Lorblanchet, J.-L. Le Quellec, Paul G. Bahn, H.-P. Francfort, B. et G. Delluc / Editions Errance.
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