Mercredi 7 mai 2008

  • Retrouvons Sakhé, « la fille folle de miel », notre héroïne du mythe du miel du Chaco, dans sa tentative de séduction de Pic, chasseur de miel fort réputé.

  • Kirikino : Poursuivons la narration " la fille folle de miel" , telle que rapportée par Claude Lévi-Strauss au point ou nous l’avons laissée :

  • « (…) Sakhé s’informa du lieu où se trouvait Pic. En allant dans la direction indiquée, elle rencontra Renard qui essaya de se faire passer pour l’oiseau. Mais sa gorge n’était pas rouge, et, en guise de miel, son sac ne contenait que de la terre. La jeune fille ne fut pas dupe, elle poursuivit son chemin, et rejoignit finalement Pic à qui elle offrit le mariage. Pic manifeste peu d’enthousiasme, discute, se déclare certain que les parents de la jeune fille ne voudront pas l’agréer. Alors celle-ci insiste et se fâche : «  Ma mère vit seule, et elle ne veut plus de moi ! ». Heureusement, Pic à du miel et Sakhé prend patience en le mangeant. Finalement, Pic dit : « Si c’est vrai que ta mère t’envoie dans cette intention, je t’épouserai sans crainte. Mais si tu mens, comment pourrais-je t’épouser ? Je ne suis pas fou ! » Sur ce, il descend de l’arbre où il était grimpé portant son sac plein de miel.
  • Quant à Renard, ce paresseux avait rempli son sac de fruits de sachasandia et de tasi sur quoi on se rabat quand on a rien trouvé d’autre. Pourtant, les jours suivants, Renard s’abstint de retourner au miel avec ceux qui n’étaient pas satisfaits de leur première récolte. Il aimait mieux voler le miel qu’il mangeait."

  • Jean : De prime abord, la suite du récit confirme le caractère opportuniste et affabulateur de Renard. C’est un piètre chasseur, qui se rabat sur des aliments de second choix. Quant aux aliments de premier choix qui excitent sa convoitise, il se contente tout simplement de les voler.

  • Kirikino : Le miel comme le reste…

  • Jean : Oui, le miel et tout ce que peut sous-entendre le vol du miel. Nous le découvrirons dans la suite du récit…
  • Revenons plutôt à notre belle et jeune fille Sakhé. Malgré les charmes qu’elle déploie pour séduire Pic, celui-ci éprouve quelques difficultés à se ranger d’emblée à ses arguments. Eprouve-t’il une gêne quand la jeune fille se déclare, alors que les codes de la séduction voudraient que le jeune garçon en prenne l’initiative ? Après tout, il se trouve en compagnie d’autres chasseurs, et la situation peut s’avérer embarrassante…
  • L’habile Sakhé trouve tout de même le moyen de satisfaire sa gourmandise d’un peu du miel de Pic, vite fait bien fait…

  • Kirikino : Je t’interromps, car à mon avis, tu te perds en conjectures. Nous ne possédons aucun élément qui nous permette d’argumenter dans ce sens…

  • Jean : Tu as raison. Pic a surtout peur, en acceptant la proposition de mariage de Sakhé, de conclure une mésalliance, et de se retrouver la belle-famille à dos

  • Bibliographie :
  • Claude Lévi-Strauss - Mythologiques  - « Du miel aux cendres » -Editions Plon /1966
par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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Samedi 3 mai 2008

  • « La fille folle de miel ». Avec ce conte repris par Claude Lévi-Strauss nous allons nous attarder sur un autre mythe du miel du Chaco.

  • Kirikino : Dans son ouvrage « Du miel aux cendres », Claude Lévi-Strauss reprend un des mythes fondateurs des indigènes du Chaco : « La fille folle de miel ».

  • Jean : La fille en question se nomme Sakhé, et ce n’est pas n’importe qui : elle est la fille des esprits aquatiques. Retenez cet élément car nous y reviendrons…En effet, la consommation du miel dans ces contrées s’effectue par une transformation préalable en hydromel. La symbolique du chasseur de miel avec la fille des esprits aquatiques prend donc ici toute sa pleine dimension.
  • Dans l’immédiat, je vous propose de visiter le conte par étapes.
  • Kirikino : « Sakhé était la fille du maître des esprits aquatiques, et elle aimait tellement le miel qu’elle en quémandait sans arrêt. Excédés par son insistance, les hommes, les femmes lui répondaient : « Marie-toi ! ». Même sa mère, quand elle l’importunait pour avoir du miel, lui disait qu’elle ferait mieux de se marier.
  • Aussi la jeune fille décida-t’elle d’épouser Pic, chercheur de miel réputé. Il était justement dans les bois avec d’autres oiseaux affairés, comme lui, à ouvrir les troncs à coups de bec pour atteindre les nids d’abeilles. Renard feignait de les aider, mais se bornait à cogner sur les arbres avec son bâton.  (…) »
  • Jean : Au premier abord, on pourrait imaginer Sakhé comme étant une jeune fille gourmande de friandises et de douceurs, ce qui expliquerait son insistance pour obtenir du miel. Mais, face à son insistance, la communauté l’engage à se marier pour obtenir du miel.

  • Kirikino : Nous retrouvons ici un point commun avec les Pygmées Aka, en ce sens que le miel permet de conclure des alliances.

  • Jean : Exact ! Mais la charge érotique du miel demeure omniprésente. Le miel permet certes, aux familles en présence de conclure une alliance, mais n’oublions pas la puissance de séduction de Sakhé. Et la jeune femme en est fort consciente, car elle se met en tête d’épouser Pic, un chasseur que l’on imagine fort sollicité. Pic n’est-il pas un chasseur de miel réputé ? Sa quête du miel ne se résume donc pas seulement à satisfaire une petite gourmandise…

  • Kirikino : Et notre jeune pucelle se met à sa recherche…

  • Jean : Pucelle ?  Le mythe ne le précise pas, mais on peut éventuellement l’envisager. Pic frappe le tronc à coups de bec pour en extraire le miel. La connotation sexuelle et érotique semble en effet des plus parlantes…

  • Kirikino : Revenons au mythe : Pic se trouve en forêt, en compagnie d’autres oiseaux et de Renard.

  • Jean : Pic et son équipe de chasseurs de miel s’affaire à la tâche tandis que Renard par contre apparaît déjà comme peu efficace, voire opportuniste.
  • En effet, il se borne à feindre de les aider. Il est tout de même armé d’un bâton (symbole phallique ?), mais, il ne possède ni l’art ni la manière pour plaire à une fille aussi séduisante que Sakhé.
  • De plus, son incapacité à cueillir le miel fait que Sakhé l’éconduira non seulement parce qu’il ne peut satisfaire sa gourmandise immédiate, mais plus encore car il ne pourra pas de miel présenter à la future belle-famille.
  • Le voilà condamné au rôle de "prétendant transi."..

  • Kirikino : La suite du mythe viendra-t’elle confirmer ces affirmations ?

  • Bibliographie :
  • Claude Lévi-Strauss - Mythologiques  - « Du miel aux cendres » -Editions Plon /1966
par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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Mercredi 30 avril 2008

  • Une plongée dans les mythes fondateurs du Chaco.

  • Kirikino : Au mois d’avril, nous avons initié une petite visite des mythes du miel du Chaco.
  • Et nous projetons de demeurer quelque temps encore en Amérique du Sud.

  • Jean : Je vous propose d’explorer avec nous un des mythes du miel du Chaco : « la fille folle de miel », qui nous permettra d’évoquer la puissance séductrice du miel, qualifié par les indigènes « du plus exquis des aliments »…

  • Kirikino : Or, ainsi que le déclare Claude Lévi-Strauss, « la puissance séductrice du miel n’est autre que celle de la nature »

  • Jean : Nous allons y consacrer quatre billets, que nous programmerons pour une publication au cours du mois de Mai, afin que les plus curieux d’entre vous, découvrent par le jeu des clics successifs le récit dans son ensemble.

  • Kirikino : Car comme vous le constaterez, Jean s’est livré à une interprétation du mythe assez personnelle.
  • Je préférais vous prévenir avant, voyez-vous…
  • Pour les impatients, le voyage dans les mythes du Chaco démarre en cliquant tout simplement ici.
  • Super, non !
  • Bibliographie :
  • Claude Lévi-Strauss - Mythologiques  - « Du miel aux cendres » -Editions Plon /1966



par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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Mercredi 27 février 2008

Les pygmées Aka, qui consomment jusqu’à 32 fois plus de miel par individu et par an que nous autres européens, ne s’y trompent pas : le miel est un aliment énergétique, facilement transportable et consommable en l’état.

Kirikino : Avec ces 312 Kcal aux 100 grammes, le miel, riche en sucres directement assimilables, en sels minéraux, enzymes et vitamines, constitue l’aliment de l’effort par excellence.

Jean : Les chasseurs Aka ne s’y trompent pas. C’est bien une des raisons qui fait que le miel constitue la nourriture exclusive des chasseurs d’éléphants. Pour bien s’en rendre compte, il faut imaginer que le chasseur qui emplirait un bambou creux ou un autre récipient réservé à cet usage d’un kilo de miel emporterait l’équivalent, sur le plan énergétique s’entend, d’un garde-manger qui contiendrait 12 kilos de viande de bœuf. Et courir la forêt avec 12 kilos sur le dos, pour traquer un éléphant, ne constitue en aucun cas la meilleure des solutions.

Kirikino : La consommation de miel des pygmées est impressionnante : 32 fois plus élevée en moyenne que la nôtre en France.

Jean : Il faut dire pour relativiser cela que notre consommation de miel en France est ridiculement basse : 05,kg/an/habitant achetés en 2006. Nous consommons en contrepartie plus de 7 Kg de sucre en poudre ou en morceaux sans compter tous les sucres incorporés dans des aliments comme chocolat, confiserie, glaces (avec toutes les incidences sur le plan de la santé que suppose l’ingestion de tels sucres…)
En ce qui concerne les pygmées, des évaluations menées par Joiris en 1993 au Cameroun, estiment la consommation de miel de forêt à 16 kg par personne et par an, avec plus de 100 g par jour qui seraient consommés au cours de la saison sèche.

Kirikino : Le miel est consommé en partie en forêt, en grande partie au campement. Les pygmées mordent à même le gateau de miel des espèces Apis et recrachent la cire. Celui des trigones, contenu dans des bourses, est consommé directement dans le récipient.

Jean : Nous le constatons : le miel est un aliment primordial en forêt.
En période de récolte, il peut constituer un repas complet pour tout le monde. Ceci explique que dès que la saison de cueillette du miel démarre, cette activité occupe le devant de la scène. Toutes les autres chasses deviennent alors secondaires.

Source et bibliographie :
Encyclopédie des pygmées Aka / Volume II, Dictionnaire Ethnographique AKA-Français -De Simha Arom, Jacqueline M C Thomas, Serge Bahuchet, Alain Epelboin et Susanne Furnis -Collection Etudes africaines, 206 pages. Editions l'Harmattan (Octobre 2004) - -Publié 2005  -Peeters Publishers

par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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Dimanche 28 octobre 2007

Ce nectar à la base du miel, les abeilles ou le trouvent-elles ?

Kirikino : Dans un article précédent nous avons précisé l’origine des miels de miellats. Mais nous ne l’avons pas jusqu’alors fait pour ce que nous appelons par miel de nectar.

Jean : Eh bien allons-y !
Le nectar est un liquide sucré sécrété par les nectaires dont sont dotés certains végétaux à la base des corolles.
Le nectar est composé d'eau et de sucres, mais aussi de nombreuses autres substances à l'état de traces, comme des acides aminés, des acides organiques, des substances aromatiques, des vitamines, des minéraux, etc…

Kirikino : Ce sont ces différentes substances qui seront responsables de la valeur aromatique d'un miel

Jean : Oui et qui, dans le même temps, lui confèrent sa personnalité.
Les sucres en concentration très variable selon la nature de la plante et les conditions environnementales, (de 10 à 70 %) sont principalement du glucose, du saccharose et du fructose, mais aussi en très faibles quantités, différents autres sucres.
Le spectre des sucres est une caractéristique des familles botaniques butinées

Kirikino : Ce qui permet de déceler des fraudes concernant l'appellation ou l'origine d'un miel.

Jean : En effet. Mais la composition du nectar ne se limite pas aux seuls sucres. Il contient encore de nombreux micro-organismes qui peuvent influencer le devenir d'un miel.

Kirikino : La production de nectar par les plantes mellifères est–elle régulière d’une année sur l’autre ?

Jean : Différents facteurs influencent la sécrétion du nectar : l'âge de la fleur (dans le cas de la ronce par exemple), ou bien le sexe (c’est le cas de l'érable), ou encore, la durée de floraison (ainsi, le butinage du colza accélère sa défloraison).
Mais il faut savoir également que la morphologie de la plante n'est pas toujours adaptée au butinage par l'abeille.
De plus, les conditions météorologiques vont également jouer un rôle très important : le nectar est plus abondant lorsque l'humidité de l'air est élevée. Au contraire si la température est fraîche, si le vent du nord est dominant, les nectaires se tarissent. Un exemple frappant est donné par l'acacia : il peut crouler de fleurs et ne pas être butiné par vent du nord ou si la température est trop fraîche. Les récoltes d’une année sur l’autre sont donc très variables et sujettes à fluctuations pour des colonies qui travaillent sur le même peuplement forestier.


par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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Dimanche 14 octobre 2007


À la différence des miels de nectar issus du nectar de la fleur, les miels de miellats sont issus des sécrétions sucrées d’insectes suceurs de plantes.


Kirikino 
: Nous avons constaté que la richesse des miellats en antioxydants était supérieure à celle des miels de nectar. Mais quelle est la différence entre un miel de nectar et un miellat.


Jean
 : Les miellats sont à l’origine de miels très spécifiques.
Ces miels, très souvent de haute valeur commerciale, jouissent dans certains pays (Allemagne par exemple) d’une excellente image de marque.
Ils sont la résultante d’un parasitisme du végétal par des insectes. Les cochenilles, aleurodes, pucerons, psylles…où encore la fameuse cicadelle à l’origine du miel de metcalfa, (qui, au passage, est le seul miel à porter le nom d’un insecte) piquent les parties tendres des végétaux. L’insecte se nourrit alors des matières azotées contenues dans la sève. Il rejette ensuite les sucres qu'il ne peut digérer.
Ces exsudats sont alors repris par les abeilles. Puis celles-ci les transforment à nouveau, pour produire un miel de miellat.
Leurs compositions en sucres sont très différentes de celles des nectars.


Kirikino 
: En fait, les abeilles élaborent ce miel à partir des excréments des pucerons ou autres insectes piqueurs suceurs.


Jean
 : En quelque sorte, oui ! Ce qui n’empêche pas d’en faire un miel fort réputé. Les anglo-saxons le nomment « honeydew » ou « rosée de miel ». Je trouve l'image fort poétique.
Il faut savoir que ces insectes vivent principalement sur les parties vertes des plantes.
Le miellat est donc une solution sucrée (5 à 20 % de sucres voire plus dans le cas de déshydratation partielle) qui contient également des substances azotées (acides aminés et protéines), des acides et des traces de vitamines.
Le sucre principal du miellat est le saccharose, associé à d’autres sucres dont le mélézitose, sucre qui caractérise le miellat et qui permettra d’identifier le miel à l’analyse comme étant un miel de miellat.


Kirikino
 : Hum ! L’ensemble doit constituer un ensemble fort attractif et nutritif pour l’abeille.


Jean
 : En effet.


Kirikino
 : Quelles sont les plantes sur lesquelles les abeilles vont recueillir ce précieux liquide.


Jean
 : Le miellat est caractéristique des miels de forêts.
Le miellat de sapin est le plus connu, mais des espèces comme les érables, les chênes, les châtaigniers, les chênes, les mélèzes et les tilleuls peuvent être également à l’origine d’une production abondante de miellat.
Viennent ensuite des plantes moindres fournisseurs comme bouleaux, aulnes, frênes, robiniers, genévriers… voire certains fruitiers et même certaines années des  céréales.
La pureté du miel de miellat sera donc fonction du peuplement forestier sur lequel l’abeille évolue, et de l’abondance ou non des insectes piqueurs.

À savoir que l’abeille ne constitue pas le seul insecte intéressé par la production de miellat. Les fourmis sont également de grosses consommatrices et déplacent même leurs « cheptels » de pucerons aux fins de recueillir le liquide sucré.

Pour ceux que la production de miellat intéresse, je leur conseille de visionner la petite séquence vidéo : « A Table ! Pucerons, fourmis et coccinelles »



par Kirikino publié dans : Du miel encore et toujours !
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